Mesdames, Messieurs,
Chers amis de la paix, bonjour,
Je suis Roland Nivet porte-parole national du Mouvement de la Paix français et représentant du Mouvement de la paix à la commission Ecosoc des Nations unies. Cela fait 50 ans que j’ai fait de la lutte pour la paix et le désarmement nucléaire mon engagement prioritaire.
Dans mon intervention je développerai 4 idées principales
- Nous sommes à un point de bascule dans l’histoire de l’humanité
- Les peuples peuvent changer le cours de l’histoire
- Le Nord et le Sud doivent agir ensemble
- Je proposerai quatre rendez-vous annuels pour structurer une mobilisation mondiale durable
Il y a quatre-vingt-un ans, à Hiroshima puis à Nagasaki, l’humanité découvrait qu’elle possédait désormais le pouvoir de s’autodétruire.
En quelques secondes, deux villes furent anéanties.
Des dizaines de milliers de femmes, d’hommes et d’enfants furent tués. Des centaines de milliers d’autres furent condamnés à des souffrances physiques et morales qui les accompagnèrent toute leur vie.
Mais des ruines d’Hiroshima et de Nagasaki est née une force extraordinaire.
Les Hibakushas.
Au lieu de transmettre la haine, ils ont choisi de transmettre l’espérance. Au lieu d’appeler à la vengeance, ils ont consacré leur vie à un message universel :
Plus jamais Hiroshima. Plus jamais Nagasaki.
Je voudrais aujourd’hui leur rendre hommage.
Grâce à leur courage, grâce à leur témoignage, grâce à leur persévérance, un immense mouvement mondial s’est construit. Des citoyens, des scientifiques, des villes, des associations, des syndicats, des organisations internationales, des États et les Nations unies ont fait progresser l’idée qu’un monde sans armes nucléaires n’était pas un rêve naïf mais un objectif politique réaliste.
Nous leur devons beaucoup. Mais aujourd’hui, nous leur devons davantage encore.
Nous avons le devoir de poursuivre leur combat.
Car leur message est plus actuel que jamais. Nous vivons un moment décisif de l’histoire de l’humanité.
Les guerres s’étendent. Les populations civiles en paient le prix.
Le droit international est de plus en plus contesté.
Les dépenses militaires mondiales atteignent des niveaux jamais connus
Selon le SIPRI, elles ont atteint près de 2 900 milliards de dollars en 2025, contre environ 840 milliards en l’an 2000. En vingt-cinq ans, elles ont donc plus que triplé. Selon le Congressional Budget Office américain : l’ensemble des forces nucléaires des USA, de leur fonctionnement, de leur entretien et de leur modernisation devrait coûter 946 milliards de dollars entre 2025 et 2034, soit en moyenne environ 95 milliards de dollars par an.
Dans le même temps, les neuf États dotés de l’arme nucléaire modernisent leurs arsenaux.
Les engagements pris en faveur du désarmement sont progressivement abandonnés.
Les grands traités qui limitaient la course aux armements disparaissent les uns après les autres, jusqu’au traité New START, dernier accord contraignant entre les États-Unis et la Russie sur les armes nucléaires stratégiques.
En France aussi, cette évolution est visible.
La France engage un vaste programme de modernisation de sa force nucléaire : nouveaux sous-marins nucléaires lanceurs d’engins, nouveaux missiles, nouvelles têtes nucléaires, deuxième porte-avions nucléaire… Un ensemble de programmes représentant près de 90 milliards d’euros, sans compter les coûts futurs de fonctionnement et d’entretien.
À l’échelle de l’Union européenne, les dépenses militaires ont augmenté de 62 % entre 2020 et 2025, tandis que le plan ReArm Europe prévoit encore 800 milliards d’euros supplémentaires.
Tous ces faits conduisent à une conclusion simple.
Le risque nucléaire n’appartient plus au passé. Il est redevenu une menace bien réelle pour notre présent.
Mais je voudrais vous dire aujourd’hui une chose essentielle. À mes yeux, le véritable enjeu dépasse la seule question nucléaire.
Nous sommes à un point de bascule Deux chemins s’ouvrent devant l’humanité
Le premier est celui que nous voyons malheureusement se dessiner sous nos yeux.
C’est le chemin de la peur. Le chemin d’une économie de guerre où les budgets militaires progressent plus vite que les budgets consacrés à la santé, à l’éducation, à la lutte contre la pauvreté ou contre le dérèglement climatique. C’est le chemin de la domination de la force sur le droit.
Le chemin où quelques puissances économiques, financières, médiatiques et militaires imposent de plus en plus leurs intérêts aux peuples. Le chemin où progressent les nationalismes, le racisme, les idéologies d’extrême droite, les logiques de domination et de confrontation.
Ce chemin nous conduit vers toujours plus de guerres, toujours plus de violences et toujours plus d’insécurité.
Mais il existe un autre chemin.
Le chemin de la coopération. Le chemin du dialogue. Le chemin du droit international. Le chemin du multilatéralisme. Le chemin d’une véritable sécurité humaine.
Une sécurité qui ne se mesure pas au nombre de missiles, de chars ou de sous-marins nucléaires, mais à la capacité de chaque être humain à vivre dans la dignité, à avoir accès à l’alimentation, à la santé, à l’éducation, à la culture, à un environnement préservé et à tous les droits humains.
Voilà le choix qui est devant nous. Voilà le véritable point de bascule.
Pourquoi je garde espoir
Certains disent qu’il est déjà trop tard. Je ne le crois pas. Pourquoi ?
Parce que l’histoire nous enseigne une leçon essentielle. Lorsque les peuples s’unissent, ils changent le cours de l’histoire.
Ils ont obtenu la décolonisation.Ils ont conquis des droits sociaux Ils ont fait progresser les droits des femmes. Ils ont vaincu l’apartheid. Ils ont fait naître les Nations unies.
Ils ont obtenu des avancées importantes en matière de désarmement nucléaire.
Rien de tout cela n’était écrit d’avance.
Chaque fois que des femmes et des hommes se sont levés ensemble, ils ont montré que l’histoire n’était pas une fatalité.
Comme le disait Edgar Morin philosophe et sociologue français: « Plus on s’approche de l’abîme, plus il existe la possibilité du sursaut. »
Je crois profondément que nous sommes aujourd’hui dans ce moment où le sursaut est encore possible.
Mais ce sursaut ne viendra pas tout seul.
Il dépend de nous.
Construire une mobilisation mondiale
Il dépend de notre capacité à rassembler. À rassembler les mouvements pour la paix. Les organisations de défense des droits humains, les syndicats, les mouvements féministes, les organisations écologistes.
Les associations de solidarité. Les chercheurs. Les artistes. Les élus. Les jeunes.
Mais il dépend surtout de notre capacité à unir les opinions publiques.
Les opinions publiques des pays du Nord. Les opinions publiques des pays du Sud.
Car les armes nucléaires ne distinguent ni les frontières, ni les religions, ni les couleurs de peau.
Nous appartenons tous à une même communauté de destin.
Je voudrais d’ailleurs saluer ici les luttes des peuples du Pacifique, qui ont permis la reconnaissance des conséquences humaines des essais nucléaires français, ainsi que les avancées récentes intervenues en Polynésie française. Elles montrent qu’aucun combat pour la vérité et la justice n’est perdu d’avance.
N’oublions jamais une chose. Le Traité sur l’interdiction des armes nucléaires n’aurait jamais été adopté en 2017 sans la mobilisation des pays du Sud, qui ont fait entendre à l’Assemblée générale des Nations unies la voix de la majorité de l’humanité.
Le désarmement nucléaire n’est donc pas seulement l’affaire des neuf puissances nucléaires.
C’est l’affaire de tous les peuples.
Je voudrais faire trois propositions
La première est de soutenir et d’élargir l’appel mondial déjà signé par plus de 600 organisations de 99 pays. Cet appel fixe un objectif clair : parvenir à un monde sans armes nucléaires d’ici 2045, pour le centième anniversaire de la Charte des Nations unies. C’est un appel ouvert à toutes les organisations, quelles que soient leurs sensibilités, dès lors qu’elles partagent cet objectif commun.
La deuxième est de structurer une mobilisation mondiale autour de deux grands rendez-vous annuels liés à la paix et au désarmement nucléaire.
Du 6 au 9 août, pour faire vivre partout dans le monde la mémoire d’Hiroshima et de Nagasaki.
Puis du 21 au 26 septembre, de la Journée internationale de la paix à la Journée internationale pour l’élimination totale des armes nucléaires, afin d’organiser partout des marches, des débats, des rencontres avec les élus, des initiatives dans les écoles, les universités, les entreprises, les quartiers et les villages
Enfin, je propose de participer activement à deux grands rendez-vous de convergence avec l’ensemble des mouvements sociaux.
Le 1er mai, parce que la paix est une condition du progrès social. Comment répondre aux besoins des peuples lorsque les dépenses militaires absorbent des ressources considérables ?
Et le 10 décembre, Journée internationale des droits humains. Car le premier des droits humains est le droit de vivre.
Le droit de vivre sans la menace d’une guerre nucléaire.
Le droit de transmettre aux générations futures une planète habitable et un monde en paix.
Conclusion
Les Hibakushas nous ont transmis un témoin. Aujourd’hui, ce témoin est entre nos mains.
À nous de le porter. À nous de convaincre. À nous d’agir. À nous d’unir les peuples du Nord et du Sud.
À nous de faire grandir cette immense majorité de femmes et d’hommes qui veulent simplement vivre en paix. Alors, un jour, nous pourrons dire aux Hibakushas :
Votre combat est devenu le nôtre. Et grâce à vous, grâce à des millions de femmes et d’hommes de tous les continents, l’humanité aura choisi la vie plutôt que la peur…
La coopération plutôt que la confrontation… le droit plutôt que la force… la paix plutôt que la guerre.
Je vous remercie.
Roland Nivet Hiroshima- Nagasaki aout 2026
Energique et courageuse intervention M. Nivet . Oui le chemin de la PAIX est realisable . L’autre voie est une monstrueuse démission . Pierre
Puissent les voix de la raison et de l’amour de l’humanité fraternelle telles que celle-ci toucher les coeurs et les conscience de notre planète, communauté de destin, plus que jamais.
La paix ne tombera pas du ciel avec des missiles à têtes nucléaires. Elle ne résultera pas non plus de conquêtes de territoires quelles qu’elles soient. Mais la paix est une vraie conquête, une conquête culturelle, dans nos propres têtes.
Bonjour,
L’association Vosges Alternatives au Nucléaire organise, pour la 7° année consécutive, le jeûne contre les armes nucléaires, du 6 au 9 août, à Epinal.
Pouvons-nous lire votre texte pour le début de notre action, ce jeudi à midi, devant la presse?
Amitiés.
Jean-Luc Tonnerieux pour Vosges Alternatives au Nucléaire
Bien entendu, avec plaisir.
Intervention courageuse de Roland Nivet
La paix éternelle mondiale ne viendra qu’a l’abolition du capitalisme mondial et de la fin de l’exploitation de l’humain au profit d’une poignée d’homme avide, cupide de s’enrichir et de pouvoir.
Très bonne intervention.
Tant que l’Homme et l’humanité, actuellement sous la botte dominatrice de quelques pays agressifs et sous la pression d’intérêts financiers égoïstes, ne se seront pas débarrassés de la peur maladive de “l’autre” et de la recherche de puissance et de territoires, la “Civilisation” ne méritera pas ce nom. Faisons réfléchir et agir les citoyens pour reléguer les guerres et les armes au tréfonds de l’Histoire et envisager un avenir serein.
Attention cependant car le catastrophisme ambiant et médiatisé à l’extrême est un facteur favorisant le repli sur soi et l’inactivité. La jeunesse en est la principale cible. Mobilisons donc, tout en redonnant espoir et gaieté raisonnables. L’avenir est un inconnu dont il ne faut pas avoir peur pour avancer et rassembler.
merci pour ce texte clair et net. Vu les messages du dessus, nous utiliserons une partie de votre intervention pour une journée le 6 septembre dans les Hautes Pyrénées. je présume qu’il n’y a pas de problèmes pour vous ? Je vais me charger de diffuser ce message. Michel Commune pour la paix Lasseran Gers
Oui bien sûr
merveilleux message qui redonne de l’espoir dans un avenir de paix et d’humanité
. merci!
Merci Roland pour ce magnifique message. Je fais le voeu qu’il parvienne au plus grand nombre et que chacun oeuvre pour un monde de paix.
Merci à Roland Nivet pour cette intervention forte et essentielle au nom du Mouvement de la Paix.
Le rappel de la responsabilité de la France et la mise en lumière de la dynamique portée par le TIAN sont au cœur de nos combats militants. À l’approche de l’ouverture de la première conférence d’examen du TIAN à New York le 30 novembre prochain, faire résonner ce message le plus largement possible sur nos territoires mettra en perspective l’exigence que la France ne laisse pas sa chaise vide.
Un très beau message aux arguments imparables qui ouvrent des perspectives d’espoir d’un monde de Paix, encore en chantier, pour une majorité de populations.