Génocide du Rwanda – 20 ans après : Lettre ouverte au Président de la République

Saint Ouen, le 8 avril 2014

Monsieur François HOLLANDE
Président de la République
Palais de l’Elysée
55 rue du Faubourg Saint-Honoré
75008 PARIS

Objet : Génocide des tutsis au Rwanda

Monsieur le Président,

Notre révolte est totale face à toute sauvagerie humaine comme est total notre rejet de la violence contre toute personne et en particulier contre des victimes innocentes.Vingt ans après le génocide, il y a matière à réflexion sur la barbarie possible au sein de tout  peuple et à une mise en garde renouvelée de l’humanité contre  les démons qu’elle porte et qui la menacent. Comme disait Bertolt Brecht « il est toujours vivant le ventre d’où est sortie la bête immonde ».Mais notre vigilance doit d’abord s’exercer dans la dénonciation de  toutes les politiques sociales, économiques et culturelles basées ou favorisant l’ethnisme, la discrimination, le racisme et la xénophobie, d’autant qu’elles reposent souvent sur la mise en avant de boucs émissaires au sein des Etats concernés.

Enfin, il est à considérer que ces affrontements dits « ethniques » sont souvent favorisés par les  politiques de puissances -dont la France- qui tentent d’exercer sur les territoires concernés, leurs intérêts respectifs.

Quelles que soient les approches, le respect de toutes les victimes exige de dire non à l’impunité. Ainsi, la condamnation d’un génocidaire résidant en France ne peut être que saluée comme un fait positif. Toutefois, la médiatisation de ce procès ne saurait édulcorer l’exigence de vérité sur les responsabilités d’Etats, d’institutions internationales, de responsables politiques et militaires face à un génocide préparé, annoncé et revendiqué. De plus, les intérêts des Etats -dont la France- ne peuvent être supérieurs à la nécessité de faire éclater la vérité.

C’est pourquoi nous nous félicitons des travaux journalistiques, scientifiques et historiques qui ont été faits depuis lors et qui sont une contribution à son expression. Plusieurs de ces travaux, sur la base de témoignages et d’analyses sérieuses et crédibles, soulignent que la responsabilité de la France peut être mise en cause. D’autres témoins majeurs dont le Général canadien Dallaire ont pointé du doigt la responsabilité des Etats.

Aider à faire éclater la vérité et à la faire connaitre, telle est aujourd’hui notre responsabilité à tous.

C’est pourquoi au-delà du  devoir que nous avons tous et toutes de faire l’effort de nous informer et d’informer en lisant et diffusant les travaux publiés, le Mouvement de la paix estime que la France doit :

• Prendre les dispositions au plan national et international en associant les compétences existantes et en s’appuyant sur tous les travaux déjà conduits (journalistiques, scientifiques, associatifs, ONG etc…) pour qu’en toute transparence la vérité soit mise à jour et la justice soit rendue.

• Annoncer qu’elle dé-classifie et publie tous les documents se rapportant à l’action de la France au Rwanda de 1990 à 1994 dans ses volets diplomatiques, militaires, politiques et financiers.

• Demander la même démarche pour tous les protagonistes impliqués, afin que tous les obstacles soient levés pour l’accès à toutes les sources utiles à la vérité sur tous les événements de cette période.

• Aider à construire la paix et la réconciliation au Rwanda et plus largement dans la région des grands lacs.

Nous vous remercions de nous faire savoir si vous êtes disposé à agir en ce sens afin que la juste exigence de vérité participe à la réconciliation et à l’apaisement de cette région.

Veuillez agréer, Monsieur le Président, l’expression de notre respectueuse considération.

Pour le Bureau national du Mouvement de la Paix, Roland Nivet Responsable de la Commission Afrique
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