CONSTRUIRE LA PAIX, LUTTER SANS VIOLENCE

Actes du colloque de Saint-Malo – Octobre 2023
Une publication de la FSU Bretagne

Coordination : Jean-Marc Cléry et André Le Bourg

BERTRAND BADIE
JACQUES FATH
VENANCE JOURNÉ
FRÉDÉRIC MATHIEU
DANIEL DURAND
DAVID ADAMS
ROLAND NIVET
FRANÇOIS MARCHAND
STÉPHANE CRÉACH
ALAIN BERGERAT
SÉBASTIAN ROCHÉ
NATHALIE TEHIO
AMÉLIE HART
LAURA LEMA SILVA
JEAN-PIERRE DARDAUD SHURA DUMANIC 

 

AVANT-PROPOS

Le présent ouvrage (disponible ici) rend compte du colloque sur la paix et la non-violence qui s’est tenu sous l’égide de la FSU et du Mouvement de la Paix en octobre 2023 à Saint-Malo. Organisé sous la forme d’un stage syndical de deux jours, ce colloque a réuni plus de 120 personnes et une quinzaine de spécialistes de tous horizons, personnalités militantes, syndicales ou politiques.

Parce que la guerre est toujours le pire pour les peuples et pour les droits humains, lutter pour la paix et la non-violence passe nécessairement par la lutte contre toutes les formes de domination et pour la transformation sociale. Cette conviction qui est au cœur de l’action du Mouvement de la Paix, la FSU la partage depuis l’origine.

Pourtant, malgré notre proximité dans de nombreuses mobilisations, et bien que marchant ensemble chaque année en septembre à l’occasion de la Journée internationale de la Paix, la FSU Bretagne et le Mouvement de la Paix n’avaient encore jamais porté ensemble d’initiative d’ampleur régionale.

Ce besoin s’est imposé à nous avec d’autant plus de force au cours du lourd printemps 2023. Alors que la guerre en Ukraine entrait dans sa deuxième année et que les États européens s’engageaient dans une augmentation inédite de leurs budgets militaires, dans le même temps, en France, le pouvoir exécutif s’appliquait à briser la mobilisation de tout le pays contre le projet sur les retraites par le coup de force institutionnel du « 49-3 », et par une répression policière massive contre les syndicalistes.

Si la rhétorique va-t-en-guerre du « réarmement » n’avait pas encore envahi le discours d’Emmanuel Macron, son ministre Darmanin poussait déjà depuis longtemps à la logique de guerre en matière sociale, brandissant à tout bout de champ la définition weberienne de l’État moderne pour justifier la « violence légitime¹ » des forces de l’ordre contre les mouvements sociaux.

Une logique qui a débouché le 25 mars 2023 sur les scènes de guerre de Sainte-Soline et sur les nouvelles outrances de Darmanin qui, non content de vouloir dissoudre les Soulèvements de la Terre n’hésitait plus à s’en prendre à la Ligue des droits de l’Homme, coupable à ses yeux d’avoir osé participer aux observatoires citoyens documentant la répression à Sainte-Soline.

Convaincus que cette brutalisation de la conflictualité sociale en France n’avait rien de fortuit mais qu’elle avait au contraire tout à voir avec la montée générale de la logique guerrière à l’ère de la globalisation capitaliste du 21ᵉ siècle, nous avons conçu le programme de ces deux jours de colloque en sorte d’y aborder aussi bien les dangers et les impasses des politiques de puissance à l’échelle internationale que la question de l’autoritarisme des États envers leurs propres sociétés.

« Guerre sociale », « guerre économique », guerre tout court : à ces logiques guerrières qui s’engendrent les unes les autres, ces deux journées de réflexion et de débats ont aussi voulu opposer la force des conceptions et des mots de la paix trop souvent passés sous silence, ainsi que les récits des hommes et des femmes qui les portent et qui sont une source d’espoir pour l’avenir.

Au travers de la quinzaine d’interventions de très grande qualité qui sont ici retranscrites ainsi que des débats qui les ont prolongées, les lectrices et lecteurs retrouveront la teneur mais aussi l’atmosphère intense de ces deux journées. Notre colloque s’est ouvert quelques jours à peine après l’horreur des massacres du 7 octobre perpétrés par le Hamas ; et même si elle ne faisait que commencer, la guerre de destruction massive menée par le gouvernement d’extrême-droite de Netanyahou contre le peuple palestinien à Gaza s’annonçait déjà dans toute sa violence. Nos échanges en portent aussi les échos.

Un an après notre colloque, les Actes que nous publions aujourd’hui nous semblent toujours d’actualité. Aucun des « points noirs » que nous y évoquons n’a hélas disparu, que ce soit en Ukraine, à Gaza, ou ailleurs ; d’autres se sont ajoutés, comme en Nouvelle-Calédonie/Kanaky. Et ils risquent malheureusement de demeurer encore longtemps si les logiques de domination et les inégalités sociales perdurent. Ils risquent même de se multiplier si les forces réactionnaires et d’extrême-droite poursuivent leur poussée ici et de par le monde.

Pourtant nous sommes convaincus que ces deux jours à Saint-Malo auront fait œuvre utile en faisant se rencontrer des personnalités et des militants de tous horizons. En faisant se croiser les regards, nous avons mis en lumière tout ce que les « logiques de puissance » et la compétition belliqueuse tendent à occulter. Nous sommes ainsi ressortis de ces échanges avec la conviction renforcée que, face aux défis sociaux, économiques et environnementaux auxquels nous sommes confrontés, l’humanité, pour son avenir, n’a d’autre chemin que la Paix. Ce chemin passe par les luttes pour la dignité et le progrès social, par la convergence entre les luttes sociales et les luttes pour la réalisation du droit des humains à la Paix.

Nous espérons que le contenu de ces riches Actes de Saint-Malo saura vous en convaincre.

Bonne lecture !                                           Septembre 2024

Roland Nivet — Mouvement de la Paix
Jean-Marc Cléry — FSU Bretagne

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