Congrès de Marseille 2002 – Document d’orientation adopté à Marseille le 11 novembre 2002

 

DE MON QUARTIER A MA PLANETE

POUR UN MONDE DE JUSTICE ET DE PAIX

LA CULTURE DE PAIX EN MOUVEMENT

 

Document d’orientation adopté à Marseille le 11 novembre 2002

 

Préambule :

Le premier congrès du Mouvement de la paix du XXIème siècle, se tient dans une période politique nationale et internationale nouvelle. Des dynamiques contradictoires traversent le monde.

Ces évolutions inédites dans l’histoire humaine se produisent dans un contexte où d’une part pèse l’héritage des doctrines et des comportements des époques précédentes et notoirement de la guerre froide et d’autre part se construisent des mouvements novateurs et alternatifs sur des bases citoyennes.

Cependant rien n’est joué. Les pacifistes entendent agir en faveur d’une mondialisation pacifique, juste et humaine.

 

1. Le nouveau contexte international

1. Le choc entre les besoins des habitants de la planète et la non-réponse fréquente des sociétés à y répondre génère d’immenses frustrations qui constituent le terreau de nombre de violences.

2. La fracture Nord-Sud ne se réduit pas. Le désarmement nucléaire stagne. Il est remis en cause au risque de relancer la prolifération nucléaire. L’interruption du processus de paix et la provocation de Sharon sur l’esplanade des mosquées ont replongé le Proche-Orient dans la guerre. Plus de trente conflits armés éclatent ou se poursuivent chaque année et près de 80 pays subissent des violences armées récurrentes.

La mondialisation libérale voit se développer des affrontements colossaux, qualifiés à juste titre de nouvelles “guerres” : guerre économique, guerre commerciale, guerre de domination culturelle.

Quant aux guerres “modernes “, elles sont de plus en plus confiées à des militaires professionnels voire à des mercenaires. Elles font des victimes essentiellement dans la population civile et continuent à en faire plusieurs générations après la fin des hostilités, elles stérilisent les terres et elles poussent des populations impuissantes à l’exode.

3. De nouvelles formes de violences apparaissent, comme les attentats terroristes du 11 septembre aux Etats-Unis, où des réseaux intégristes, mafieux, profitent de la détresse des populations et de l’opacité des circuits financiers pour développer leurs agissements criminels et promouvoir des doctrines régressives et fascisantes.

4. Le vieil adage romain ” Si tu veux la paix, prépare la guerre “, persiste à dominer les consciences et les logiques de sécurité. Il reste le principe fondateur de la plupart des politiques de défense. La peur inspirée apparaît toujours comme le meilleur moyen ” d’avoir la paix “.

5. ” Aucune arme nucléaire, aucune armada ne parviendra à dissuader un groupe de terroristes décidés à mourir en tuant le maximum de personnes ” disait le texte signé par le collectif d’organisations mobilisés en France au lendemain du 11 septembre .

6. les Etats-Unis, entendent jouer de leur supériorité dans tous les domaines pour affirmer leur leadership sur le monde, précarisant la seule architecture de sécurité mondiale légitime qu’est l’ONU. Contre toutes les règles du droit international, Ils prétendent imposer une guerre “préventive” contre l’Irak.

7. Les politiques sécuritaires montrent ainsi leurs limites. L’unique conception militaire de la sécurité demeure un échec. Pour assurer la sécurité des individus, des peuples, de la Planète, la sécurité humaine devient un objectif majeur de toute construction de la Paix.

8. La multiplication des échanges aussi bien humains qu’intellectuels ou marchands favorise l’avènement d’une société mondiale. La création de Zones Economiques Intégrées (Union européenne, Alena, Asean, Cedeao, etc…) estompe les frontières, gomme les écarts, atténue les rivalités régionales.

9. La diffusion planétaire des droits humains se poursuit en se perfectionnant. Ce fabuleux “patrimoine commun”, droits fondamentaux, droits des femmes, droits des enfants, pose la pierre angulaire d’une citoyenneté mondiale en gestation. Le rejet de la violence aussi bien dans les rapports internationaux qu’interpersonnels jalonne ces dernières années de grandes conquêtes des droits et du Droit sur la force, comme la Cour Pénale Internationale.

10. Les progrès de la démocratie annoncent l’émergence de sociétés civiles dans nombre de pays, avec la multiplication des associations, des partis politiques, des syndicats, la liberté de la presse, et nombre de libertés individuelles et collectives.

11. Des mouvements citoyens explorent de nouvelles alternatives portant l’exigence qu’un “autre monde est possible”. Avec les alter mondialistes, les pacifistes entendent contribuer à l’avènement d’un “autre monde”.

 

2. Les enjeux d’une Planète paix.


12. La construction de la paix mondiale nécessite de s’attaquer aux racines des violences, ainsi qu’à leurs manifestations.

13. L’équation pauvreté = violence est bien trop réductrice pour faire apparaître la complexité des défis qu’il faut relever. Il faut souligner le rôle particulièrement néfaste des nationalismes et des intégrismes.

Les guerres, les épurations ethniques au même titre que les génocides, particulièrement au 20ème siècle, ont démontré le besoin humain d’une justice internationale pour permettre la réconciliation et la reconstruction d’une société.

14. “La paix est une condition du développement, mais celui-ci ne saurait durer sans démocratie, sans la paix il ne saurait y avoir ni développement, ni démocratie. Sans développement, la démocratie perdra ses fondements et les conflits se multiplieront,” explique M. Kofi Annan. C’est bien un ensemble interactif Paix-Démocratie-Développement-Justice dont il faut promouvoir les pôles simultanément qui est au coeœur de la dynamique de la construction de la paix partout et pour tous.

15. Les sociétés sont traversées par de nombreux intérêts contradictoires. Ils ont besoin pour se dépasser de trouver les conditions de leur expression publique. La démocratie conçue comme la capacité des individus et des groupes à décider ensemble des choix qui les concernent, est le cadre le mieux approprié de la résolution pacifique, politique des conflits.

A l’échelle des individus entre eux, c’est aussi favoriser le dialogue et l’échange dans le respect, qui permet de réduire les violences. La laïcité est le cadre approprié pour ce dialogue.

16. La démilitarisation des relations internationales est devenue une priorité absolue ! L’Histoire l’a prouvé à maintes reprises: en préparant la guerre, un jour ou l’autre, on la fait.

17. C’est une nouvelle culture des rapports humains qu’il faut travailler à faire émerger, une culture de la paix.

 

3. La culture de paix en mouvement


18. Depuis 1995 l’assemblée générale des Nations-Unies propose comme définition d’une culture de la Paix :

1) Une culture de la convivialité et du partage, fondée sur les principes de liberté, de justice et de démocratie, de tolérance et de solidarité

2) Une culture qui rejette la violence, s’attache à prévenir les conflits et à résoudre les problèmes par la voie du dialogue et de la négociation.

3) Une culture qui assure à tous le plein exercice de tous les droits et les moyens de participer pleinement au développement endogène de la société.

 

19.Cette idée que la paix n’est pas la non-guerre, mais la capacité individuelle et collective à vivre ensemble dans le respect de chacun, ouvre de nouveaux horizons.

20. Cette culture de la Paix reprise par l’appel des prix Nobel de la Paix dans le “manifeste 2000 pour la culture de la Paix et de la non-violence ” est déclinée en huit domaines d’actions retenue par l’O.N.U. pour la décennie 2001-2010 “décennie internationale de promotion d’une culture de la Paix et de la non-violence “

a) le renforcement d’une culture de la paix par l’éducation,

b) la promotion d’un développement durable sur les plans économique et social

c) la promotion du respect de tous les droits de l’homme

d) les mesures visant à assurer l’égalité entre les femmes et les hommes,

e) les mesures visant à favoriser la participation à la vie démocratique

f) les mesures visant à développer la compréhension, la tolérance et la solidarité

g) les mesures visant à soutenir la communication participative et la libre circulation de l’information et des connaissances

h) les mesures visant à promouvoir la paix et la sécurité internationales

 

21. Dans plusieurs domaines, les ONG ont montré qu’elles pouvaient peser sur des enjeux mondiaux : le succès de la campagne internationale sur l’initiative de Handicap international contre les mines antipersonnel en est un exemple.

Des réseaux se développent sur d’autres terrains : désarmement nucléaire (“Abolition 2000”) et armes légères, soutien à la taxe Tobin (ATTAC), contestation des règles de l’O.M.C.., luttes contre la pauvreté, luttes contre les violences faites aux femmes (marche mondiale des femmes )

22. Tous contribuent à la construction de sociétés civiles plus solidaires en s’opposant au “démaillage social” provoqué par
les logiques néo-libérales qui conduisent à la mise en concurrence des peuples et des individus génératrices de violences,
d’exclusion, du quartier à la planète en passant par l’entreprise.

23. Le renforcement de la place des citoyens et du poids d’opinions publiques plus conscientes de leur pouvoir d’intervention et de transformation est un enjeu de la construction d’un monde de paix durable et juste.

24. Le courant pour la paix voit s’ouvrir un champ nouveau : celui de la constitution d’un mouvement mondial pour la Culture de la paix. C’est un champ de convergences, de résistances et d’alternatives dans le cadre de la mondialisation.

25. Un mouvement mondial pour la Culture de la Paix peut fédérer les énergies de tous ceux qui, dans et hors les organisations ou institutions ” classiques “, rejettent la violence qu’elle soit institutionnelle, sociale, économique, culturelle ou personnelle et œoeuvrent dans la vie quotidienne pour une humanité plus tolérante, plus coopérative, plus “humaine”.

 

4. Notre responsabilité de pacifistes


26. Pour travailler aux progrès d’une culture de la paix, du quartier à la planète, les pacifistes du Mouvement de la Paix se donnent pour objectifs prioritaires d’agir dans cinq domaines :

A. Cultiver la paix.

27. C’est bien une nouvelle culture qu’il nous faut aujourd’hui concevoir, capable d’accueillir l’humanité mondialisée et d’ouvrir les espaces de citoyenneté du local au global.

“Courir après les guerres” n’est pas satisfaisant. C’est un travail de prévention qu’il faut mettre en route. Les conflits existants
qui déchirent le monde, le sort de millions d’enfants, de réfugiés, de blessés ne laissent personne indifférent. Agir en amont sur les causes et les dynamiques globales est un défi lancés aux forces de paix.


B. Démilitariser la planète.

28. La prolifération des armes, la puissance par le militaire et la militarisation des consciences favorisent la persistance de la culture de guerre. Ils en constituent le socle et la structure. C’est l’ordre nucléaire qui hiérarchise encore la puissance sur la scène internationale et la capacité à détruire qui fonde la plupart des politiques de “défense”.

29. Les stocks d’armements issus de la guerre froide sont toujours présents pour l’essentiel. Ils sont contrôlés par les puissances économiques, capitalistes dominantes. Dans l’ex Union soviétique, leur état d’abandon
et de manque de contrôle est un nouveau danger.

L’hypocrisie des pays du G8 est scandaleuse : 90 % des armes vendues en Afrique, continent dévasté par les conflits, sont vendues par ces mêmes pays !

30. Parmi celles-ci, la prolifération des armes de toutes sortes est un défi urgent. En maintenant la pression sur le perfectionnement de leurs propres armes, en favorisant les ventes d’armes par tous les moyens, les grandes puissances, maintiennent à un niveau très élevé la militarisation du monde. Ces logiques constituent un extraordinaire gâchis des moyens
(plus de 800 milliards de dollars chaque année) et favorisent évidemment les conflits armés.

31. La démilitarisation est nécessaire, celle des esprits également.

Construire une paix durable dans les différentes zones sensibles de la planète, demande de s’en prendre aux racines mêmes des conflits qu’elles soient économiques, sociales, culturelles ou politiques. Cela place au premier plan la question de la prévention de la guerre ou des conflits et non pas seulement celle du ” de la paix.

32. Ce n’est par le développement des systèmes d’alliance militaire comme l’OTAN que cet objectif sera atteint mais par le renforcement des mécanismes préventifs rétablissement dans le cadre de l’ONU et de ses organisations régionales comme l’O.S.C.E., en les rendant plus efficaces, plus démocratiques et plus ouverts aux sociétés civiles, aux ONG, dans le respect
des principes de la Charte.

 

C. Agir pour le désarmement

– Armes nucléaires

33. Alors qu’on pensait la terreur nucléaire circonscrite à la guerre froide, la Nouvelle Posture Nucléaire américaine remet au premier plan cette menace. L’usage de l’arme nucléaire y est banalisé, des cibles non-nucléaires sont désignées, violant tous les Traités. Arme politique hiérarchisant la puissance du monde elle redevient aussi arme de terreur.

34. On y désigne des pays “cibles”, Irak, Iran, Syrie, Libye, Corée du Nord en plus de la Chine. La première cession de la conférence préparatoire à la révision du Traité de Non Prolifération qui s’est tenue au mois d’avril à New York , malgré la présence des ONG, a laissé les participants sur leur faim devant le blocage conjugué des cinq pays nucléaires. Avec le réseau mondial Abolition 2000 (2000 organisations de 90 pays pour le désarmement nucléaire) nous appelons à la vigilance et à la mobilisation mondiale pour que ce Traité qui organise la non-prolifération en échange du désarmement (Article VI), soit enfin mis en œoeuvre.

35. L’élimination des armes nucléaires est plus que jamais d’actualité. Nous soutenons la tenue d’une quatrième session spéciale de l’ONU sur le désarmement consacré au désarmement nucléaire.

Nous entendons participer aux différentes phases de préparation de la révision du TNP en 2005 et organiser la pression pour que la France y joue un rôle actif.

 

– Bouclier antimissile

36. Le projet NMD de bouclier anti-missile relance la course aux armements. Avec le Réseau mondial contre la nucléarisation et la militarisation de l’espace, nous militons pour ” préserver la paix dans l’espace ” et refusons la participation de l’Europe et de la France à cette guerre des étoiles.

 

– Les essais nucléaires

37. Le Traité d’Interdiction Total des Essais Nucléaires (TICEN) est à inscrire au tableau des victoires récentes (1996) des pacifistes. Pourtant il n’a pas été ratifié par le Sénat américain et les progrès que la France et les Etats-Unis ont effectués dans leur centres d’expérimentation de la simulation ( notamment pour tester des armes nucléaires miniaturisées) l’ont considérablement affaibli. Nous demandons le gel immédiat du projet ” laser mégajoule ” au Barp, près de Bordeaux et exigeons que la France respecte le TICEN.

Nous exigeons que l’ensemble des équipements et programmes concernés soient réorientés vers des applications civiles et passe sous les contrôles du CNRS, des Universités, de la société civile.

– Les transferts d’armements

38. Toutes sortes d’armes ont suscité des mobilisations souvent efficaces depuis 10 ans. Le meilleur exemple est la Convention d’Ottawa (1997) sur les mines anti-personnel. D’autres réseaux nationaux et mondiaux se constituent contre le commerce des armes légères, contre les armes à uranium appauvri, contre les salons de vente d’armement, réseaux dont le Mouvement de la paix fait partie activement. Le scandale du commerce des armes doit cesser. Nous nous opposons aux salons de ventes d’armement.

 

– Réduction des budgets militaires, reconversion des industries d’armement

39. Depuis 1998 une pression à la hausse des budgets militaires se dessine. Cette remilitarisation des relations internationales contamine davantage de pays suite aux attentats du 11 septembre.

40. A son tour la France augmente les crédits d’équipements de la programmation militaire.

41. Le Mouvement de la Paix propose la réduction de 50% des budgets militaires dans les dix années à venir.

La question de la reconversion des industries de l’armement est à mener sur le fond. Les pistes qu’offriraient une reconversion vers une industrie du désarmement sont ouvertes, en particulier dans les recherches de l’Onu et des ses institutions et avec les personnels de ces indisutries.

42. L’élaboration d’une défense européenne, dont le fer de lance aujourd’hui se constitue autour de la fusion des industries d’armement des Quinze, pose de ce point de vue nombre de problèmes.

43. Nous refusons l’instauration de pôles de rivalités économico-militaires.

 


D. Développer une solidarité active avec les forces de paix.

44. Partout dans le monde des femmes et des hommes se dressent contre les guerres et les violences, au cœoeur des conflits. Elles et ils travaillent à rejeter la haine et poser les bases de la réconciliation. En Bosnie, aux USA, en Russie, en Inde, au Pakistan, en Afghanistan, en Colombie, aux Congos, au Rwanda et au Burundi, en Algérie, en Turquie, en Palestine et Israël…
nous choisissons d’entendre et de faire entendre les forces de paix pour comprendre les difficultés auxquels elles se heurtent, et construire des mobilisations autour d’exigences qu’elles formulent.

Ainsi nous soutenons et participons aux initiatives pour empêcher la guerre en Irak qu’elles se déroulent aux USA, en Grande Bretagne, etc. où qu’elles aient une dimension européenne comme à Florence en novembre 2002.

45. Dans chaque situation de conflit, diabolisation et victimisation se renforcent mutuellement et nourrissent les extrêmes, écartant du même coup tous ceux qui souhaiteraient agir en faveur de la justice et de la paix.

Pourtant souvent le camp de la paix arrive à se faire entendre et à faire des propositions alternatives rassembleuses. Ainsi le camp de la paix et les coalitions Israëlo-Palestineennes pour la paix mettent en avant le droit des peuples palestiniens et israéliens à la paix à travers une alternative : deux peuples, deux Etats sur la base des frontières de 67, Jérusalem comme double capitale.

Parce que le champ de la paix est nécessairement international, c’est depuis longtemps que les organisations pacifistes ont tissé des liens à travers le monde. Renforçons et enrichissons ces réseaux qui se nourrissent des expériences des uns et des autres.

 

E. Promouvoir l’éducation à une culture de la paix et de la non-violence.

46. Depuis l’aube des siècles, les thèmes qui composent culture de guerre et culture de paix s’affrontent en se perfectionnant. La culture de guerre pourrait se définir comme la somme des représentations, des valeurs et des comportements qui reproduisent l’exploitation et la domination par la force ou la puissance de l’aliénation.

Héritage du passé, ancrée souvent à notre insu dans nos comportements, elle montre ses limites dans le cercle familial, l’entreprise, la cité, et jusque sur la scène mondiale.

Nous refusons avec force l’instrumentalisation de l’histoire pour servir des causes nationalistes et xénophobes. L’histoire doit rester un objet d’études mené avec toute la rigueur universitaire nécessaire et développée de manière contradictoire surtout quand il s’agit d’aborder des thèmes litigieux ou des contentieux. Elle peut en tout cas montrer combien tout ce qui peut séparer les peuples (langues, religions, frontières, etc. ) est fluctuant et contingent. Elle doit aussi montrer combien ce qui
les rassemble est plus important, comme le disait déjà Montesquieu en son temps “homme par nature, français par hasard”.

L’enseignement de l’histoire à l’école et l’école toute entière mais aussi tous les lieux d’éducation et de recherche (universitaires, syndicaux, associatifs, maisons de jeunes et de la culture, mouvements sportifs, artistiques et culturels) doivent retenir toute l’attention des militants de la paix afin de faire de tous ces lieux d’échanges des vecteurs de l’éducation à la culture de la paix.

47. Les valeurs, les comportements, la culture que nous allons transmettre aux générations futures seront déterminants. De multiples énergies travaillent à promouvoir et à perfectionner une éducation à la hauteur des besoins et des enjeux.

Dans ce cadre et dans le respect des diversités culturelles et linguistiques tout ce qui facilite les échanges entre les peuples doit être favorisé. Ainsi il convient de promouvoir tout ce qui évite les dominations linguistiques, permet aux langues minoritaires de vivre, favorise les propositions de langues auxiliaires neutres comme l’espéranto.

48. Des liens nouveaux s’établissent entre mouvements pacifistes et éducateurs. Une éducation à la culture de Paix doit promouvoir l’esprit critique, la participation, l’accueil de l’autre et l’apprentissage de la résolution des conflits par le dialogue.

49. Les résultats de la recherche scientifique montrent qu’il n’existe pas de déterminant génétique à la violence, que ni la guerre ni la violence ne sont dans la “nature humaine ” doit encore être portée, examinée, approfondie. La résolution des conflits par le dialogue s’inscrit dans l’évolution humaine comme un projet de civilisation.

 

F. Agir pour une O.N.U. et des institutions internationales efficaces et démocratiques.

50.” Nous les peuples du monde, résolus à préserver les générations futures du fléau de la guerre. ” Ces mots qui ouvrent la Charte des Nations Unies, rappellent les exigences que l’on est en droit de formuler.

L’inefficacité de l’O.N.U. à assumer son rôle dans la prévention et la résolution politique des conflits l’a rendu suspecte aux yeux des peuples. Les deux poids -deux mesures dans l’application des résolutions, son effacement ou sa soumission lors des crises mondiales de la guerre du Golfe à la mobilisation anti-terroriste renforcent cette suspicion.

51.Le fonctionnement de l’O.N.U. a véritablement besoin d’être rénové. Le conseil de sécurité, héritage du partage du monde de l’après-guerre n’a plus lieu d’être sous sa forme actuelle. En tout cas ,devrait ètre constituée au sein de l’assemblée générale une commission permanente de prévention des conflits et de bons offices permettant à l’O.N.U.de jouer pleinement son rôle de médiation. L’expression de telles exigences sont à formuler auprès des états qui la composent.

52. L’alternative se situe aujourd’hui entre le renforcement de l’O.N.U sur les principes fondamentaux de la charte. Ou l’hégémonisme américain et les alliances miltaires. Nous réclamons 100% d’ONU dans la résolution des conflits.

53. Les Sommets organisés par les institutions de l’O.N.U. sont des rendez-vous mondiaux pour un nombre croissants de citoyens et d’ONG, l’O.N.U. réalise sur bien des aspects la rencontre entre le champ de la paix et de la sécurité qu’elle a en charge avec le développement durable, les droits humains et de nombreuses questions qui traversent la société-monde.

54. Le Mouvement pacifiste en France a fortement évolué au cours du 20ème siècle. Très marqué par le refus de la guerre, il s’est développé dans la première moitié du siècle pour empêcher de nouveaux conflits mondiaux impliquant notre pays. Comme l’ensemble du mouvement social français durant la guerre froide, il a participé d’une certaine forme de logique de camps.

55.Ces dernières années ont vu d’importantes évolutions s’appuyant sur les fondements de la construction de la Paix.

La Paix n’est plus considérée comme un état de non-guerre mais mais comme une contruction permanente vers un monde plus juste et plus démocratique. Le Mouvement de la Paix s’inscrit dans cette évolution dont il a été partie prenante.

56. Parce qu’elle est porteuse d’une autre culture des rapports humains, la culture de la Paix s’adresse à toutes les composantes sociales, philosophiques, religieuses, politiques, culturelles ,scientifiques du pays. Pour ce faire, l’information, le débat et la confrontation démocratique des idées est nécessaire. Cela participe d’une éducation populaire à la Paix.

57. Des convergences sont à nouer entre autres autour des huits points constitutifs de la décennie internationale de la promtion d’une culture de la Paix et de la non-violence. Le Mouvement de la Paix entend proposer partout la constitution de comités d’initiatives pour la culture de la Paix permettant à des gens divers de travailler ensemble.

58. L’information et la mobilisation de l’opinion publique est une priorité de notre action. De son expression dépend pour beaucoup les choix politiques opérés par les gouvernements et les prises de positions de ceux-ci dans les instances internationales.

59. Notre action s’appuie sur des campagnes à la fois ponctuelles et dans la durée pour la réduction des budgets militaires, le désarmement, une France active pour la paix.

60. Nous réaffirmons : O% pour les nouvelles armes, -50% pour les budgets militaires, 100% ONU pour la résolution et la prévention des conflits.

Nous voulons œuvrer au rassemblement du mouvement pacifiste français dans le respect de la diversité de son histoire. Ce nouvel élan du mouvement pacifiste pourrait s’inscrire dans la construction d’un mouvement mondial de la culture de Paix ancré dans les départements et les réalités de la société.

61. La décision de l’O.N.U. de faire de la journée du 21 septembre est une avancée considérable nous entendons faire de ce rendez-vous annuel un fort moment d’expression publique notamment dans les lycées, collèges et autres institutions de l’éducation nationale

62. Le développement de la diversité des animateurs du mouvement pacifiste constitue un enjeu majeur de son ancrage dans la société française. Les efforts entrepris depuis l’année 2000 ont conduit à un début de renouvellement prometteur. Les jeunes peuvent prendre toute leur place dans l’action pacifiste.

63. Au plan international l’évolution des mouvements de Paix est contradictoire. Si le Conseil Mondial de la Paix reste ancré dans des problématiques datant de la guerre froide, des réseaux thématiques divers se développent. Des mobilisations importantes sur des actions très ciblées remportent des victoires. Le Mouvement de la paix prendra toutes les dispositions pour contribuer au développement d’un grand mouvement pacifiste au plan mondial.

64. Nous voulons œoeuvrer au plan international à une meilleure prise en compte des questions de Paix dans les luttes pour une mondialisation humaine. Nous entendons participer pleinement au Forum social mondial et aux différentes phases de préparation. Nous interviendrons pour rehausser la place des femmes dans le maintien de la Paix et les négociations de paix. Il ne suffit pas de souligner la souffrance démesurée des femmes lors des conflits armés et en période conflictuelle, il est indispensable de ne plus ignorer leur contribution au processus de recherche de paix

65.Nous comptons développer les coopérations et les partenariats avec les pacifistes du monde entier. La solidarité active avec les pacifistes de zones de conflits est essentielle. Des sociétés civiles qui sortent des guerres, comme celles de l’ex-Yougoslavie ou d’Afrique, expérimentent de nouvelles formes d’éducation à la Paix en prenant en compte ce qu’ils ont vécu au quotidien ; nous avons à nous enrichir mutuellement de ces expériences à travers des réseaux à mettre en œoeuvre et à faire vivre. Nous avons une responsabilité particulière avec nos partenaires des pays nucléarisés pour peser conjointement sur le respect des traités internationaux par nos gouvernements respectifs.

66. Nous entendons jouer pleinement notre rôle dans le développement de la société civile internationale et participer dans les institutions internationales comme nous y invite le secrétaire général de l’O.N.U.

 

Conclusion.

67. Agir pour la paix autrement est la constatation qui s’impose à la sortie d’un siècle au cours duquel l’intelligence de l’homme a permis de formidables progrès humains… Mais qui a aussi inventé le moyen de détruire totalement notre planète et l’espèce humaine.

Etre à l’aube d’un nouveau siècle ne conduit pas à gommer les horreurs du précédent : monstruosité du nazisme, fascismes, oppressions coloniales et néocoloniales crimes staliniens, épurations ethniques, génocides, dictatures, bombardements d’Hiroshima et Nagasaki.

68. Ces dernières décennies le choix s’est souvent résumé à celui entre le “camp de la paix” et le “camp de la guerre”. Des protestations contre les armes nucléaires aux luttes anti-coloniales, les militants de la paix de l’époque ont eu raison fondamentalement, quelles qu’aient été les ambiguïtés de la guerre froide, les tentatives de manipulation de ces luttes par l’un ou l’autre des deux camps.

69. Mais de plus en plus dans le monde la guerre ne se résume pas à l’affrontement de deux blocs ou de deux pays. Elle traverse les pays ou les sociétés elles-mêmes.

Proclamer “non à la guerre” est insuffisant. C’est une pensée audacieuse pour imaginer et construire une planète Paix qui est à développer.

70. Osons affirmer “construisons la paix”, “cultivons la paix”.

 

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