La Fête de l’Huma, un laboratoire à ciel ouvert pour construire la paix


Village du monde
La Fête, un laboratoire à ciel ouvert pour construire la paix

L’Humanité du 17 septembre 2018

«Cette Fête de l’Humanité survient dans un contexte géopolitique totalement nouveau. Des forces obscures qu’on croyait hier cantonnées à la périphérie du débat et du pouvoir gagnent du terrain, jusqu’au sommet des États. Toutes les récentes élections témoignent de leur poussée spectaculaire dans les urnes, mais aussi dans les esprits », avertissait le directeur de l’Humanité, Patrick Le Hyaric, dans son discours en ouverture de la Fête. Quelques heures plus tard, l’inauguration de la place Maurice-Audin au parc de La Courneuve rendait grâce à un combat porté par notre journal depuis l’assassinat du mathématicien communiste de 25 ans, coupable de solidarité avec la cause de l’indépendance de l’Algérie. Le besoin de mémoire et la soif de justice pour apaiser des plaies qui contaminent toujours le débat public, à l’heure où la désintégration du lien social accompagne la montée des tensions sur la scène internationale, constituent plus que jamais l’ADN de la Fête, carrefour des luttes dans un monde nouveau où « nous sommes confrontés à des guerres entre États en déliquescence et des lambeaux de sociétés », selon la formule de Pascal Torre, responsable du Moyen-Orient pour le Parti communiste français.

Palestine, Proche-orient, Amérique latine… solidarité
Au Village du monde, la soirée du vendredi 14 septembre était placée sous le signe de la « solidarité » et de la « construction de la paix », autour de militants issus de la gauche latino-américaine, en première ligne face à une bourgeoisie revancharde pour effacer les acquis sociaux arrachés par Hugo Chavez (Venezuela), Evo Morales (Bolivie), Rafael Correa (Équateur) ou Cristina Kirchner (Argentine). Et du Moyen-Orient, où le sud de l’Irak (Bassora) étouffe sous la désintégration des services publics, où le Kurdistan syrien agonise face aux coups de boutoir de l’armée turque de Recep Tayyip Erdogan et où l’État palestinien, symbolisé par le combat opiniâtre de l’adolescente palestinienne Ahed Tamimi (lire page 2), voit ses rêves d’indépendance sacrifiés sur l’autel de la base évangéliste fanatisée de Donald Trump. « Merci à l’Humanité et à ses journalistes d’avoir témoigné, depuis le siège de Kobané jusqu’à l’agression du canton d’Afrin, de la souffrance du peuple kurde », déclare Khaled Issa, représentant en France du Parti de l’Union démocratique (PYD) en Syrie. « Les Kurdes ont souffert de la dictature syrienne, qui nous a privés de nos droits, mais l’opposition syrienne ne nous a pas offert de garanties meilleures, nous avons donc opté pour une troisième voie », celle du « Rojava », un idéal révolutionnaire plus que jamais pris en étau entre la dictature de Bachar Al Assad et l’agenda des grandes puissances… De ces trois jours de Fête et de débats, le grand rassemblement de La Courneuve a tenté d’extraire le meilleur de l’humanité, donnant la parole aux acteurs politiques et sociaux témoins d’une guerre mondiale sourde, devenue autant civile que globale, au cœur de laquelle se joue le destin non pas de la planète mais de l’espèce humaine en tant que telle. Au mois de janvier dernier, le Bulletin des scientifiques de l’atome, une publication états-unienne de chercheurs et experts du champ du désarmement nucléaire et du changement climatique (dont 15 prix Nobel), avançait de manière symbolique l’horloge de l’Apocalypse nucléaire à deux minutes avant minuit, à cause du risque accru de conflit mondial, lié entre autres à l’imprévisibilité du président américain Donald Trump. Parrain du Brexit, de l’implosion de l’Union européenne comme de l’exclusion des migrants chassés par les guerres économiques et militaires aggravées par le réchauffement climatique, ce qui demeure le principal pôle de pouvoir à l’échelle globale continue d’encourager l’augmentation des dépenses militaires mondiales (+ 9 % en 2018), l’expansion sans fin de l’Alliance Atlantique Nord, et la liquidation des organismes internationaux de justice comme de coopération. « L’Otan dispose aujourd’hui d’un budget 130 fois supérieur à celui des Nations unies », constate avec amertume Yves-Jean Gallas, du Mouvement de la paix, quand l’administration Trump à Washington promet des représailles à l’encontre d’une Cour pénale internationale pourtant à l’agonie, au cas où cette dernière ambitionnerait de poursuivre un citoyen issu ou allié des États-Unis.

 

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