Coraline Parmentier : « Par définition, la musique c’est la Paix »

Invitée lors du Conseil national du Mouvement de la Paix en janvier 2017, la jeune pianiste Coraline Parmentier a livré un récital enchanteresque autour d’œuvres majeures du répertoire libanais. Prix du public pour la Paix 2016, elle récemment été reçue par Barbara Hendricks, et voit dans la musique un formidable véhicule de Paix.

– La musique est-elle pour vous, naturellement, un vecteur de Paix ?

Je pense sincèrement que la musique est vecteur d’ondes particulières qui se propagent au-delà des mots et des sons. Grâce à elle, tous les sentiments se déversent en nous comme une rivière émotionnelle, et la manière dont cela nous affecte est plus puissante que notre propre volonté. C’est une des magies de la musique, en plus d’être dépourvue de frontières. Elle a ce pouvoir de rapprocher les peuples éloignés et de ressouder des communautés détruites. Chacun a son héritage musical qui peut être partagé avec le reste du monde : donc par définition, la musique, c’est la Paix.

– Votre démarche est multiculturelle, est-ce une valeur indispensable en musique et dans la construction de la Paix ?

L’interculturalité est, avec l’anthropologie et l’ethnologie, une école de vie qui permet de savoir ce qu’il se passe chez les Autres, de découvrir des cultures qui ne sont pas les nôtres et par conséquent, d’apprendre que malgré les différences il peut y avoir des ressemblances inattendues. Mon propre parcours m’a démontré que la curiosité n’est pas toujours un vilain défaut selon le dicton bien connu; et que si l’on veut s’enrichir de quelque chose, il faut prendre soi-même l’initiative car l’Autre est une richesse. J’ai beaucoup appris sur des pays peu valorisés en m’intéressant en premier lieu à leur musique, puis à leurs coutumes de vie et à leur chronologie historique. Cela prend du temps mais c’est important pour comprendre. Construire la paix, cela implique toutes les régions du monde, il ne s’agit pas d’être porte-parole d’un peuple mais idéalement celui de tous les peuples. Il faudrait mieux inclure pour moins exclure, et pour moi c’est ça l’interculturalité.

– Pourquoi avoir choisi le piano ?

La musique était déjà ma passion bien avant d’aller à l’école primaire.

Vers mes quatre ans j’ai déjà pu commencer toute seule car il y avait déjà un piano chez mes parents, et j’ai toujours été fascinée par sa multitude de sonorités sorties du cœur. J’ai ressenti un réel coup de foudre pour cet instrument qui est rapidement devenu indissociable de ma vie d’enfant.

Finalement, après avoir expérimenté de nombreux répertoires au fil des années, j’ai réalisé qu’il pouvait tout reproduire: tous les sons, tous les registres, avec sa sensibilité particulière qui parle à beaucoup de personnes. C’est un instrument polyphonique qui n’a pas besoin des autres pour exister car à lui seul, il représente toutes les hauteurs possibles au-delà de la voix humaine.

L’utiliser comme instrument de paix prend pour moi tout son sens, car il est à la fois neutre et impartial.

– Si vous deviez choisir un hymne pour la Paix, quel serait votre choix musical ?

De mon point de vue, un hymne pour la paix devrait être une mélodie vocale, afin que tous les peuples du monde puissent la chanter car apprendre un instrument de musique n’est malheureusement pas possible pour tous. En revanche, chacun possède une voix, autant morale que physique. Sans hésiter, je choisirai la plus vieille mélodie trouvée à ce jour datant de 2.500 ans, issue de la Grèce Antique. Le texte de la mélodie signifie «Tant que tu vis, brille ! Ne t’afflige absolument de rien ! La vie ne dure guère. Le temps exige son tribut.”

En plus de renvoyer un message important, ce chant réunirait les peuples dans un grand élan de fraternité.

Interview réalisée par : Nicolas Lavallée