Conseil National du 31 janvier 2016

colombe-photo-200Appel solennel du Conseil National : «Ensemble pour le renforcement du Mouvement de la Paix»

31 janvier 2016 – La situation nationale et internationale appelle en France et dans le monde, une mobilisation des peuples pour la défense de la paix et l’émergence d’une civilisation de justice, de démocratie de solidarité, de Paix.

La responsabilité du peuple français en tant que dépositaire de la souveraineté d’un État membre du conseil de sécurité des Nations Unies mais aussi d’une des principales puissances militaires au monde qui plus est dotée de l’arme nucléaire est grande.

Cette responsabilité est d’autant plus grande que la France détient un grand nombre de bases militaires à l’étranger, est un des plus grands vendeurs d’armes au monde et est engagée dans de nombreux conflits. Cette responsabilité nécessite un investissement majeur du peuple français sur les questions de la paix et la sécurité et pour l’émergence d’une culture de la paix et de la non-violence.

Les attentats qui ont meurtri le peuple français en 2015, mais aussi la montée de l’extrême droite et l’imprégnation croissante de la société française par des idées fascisantes impliquent une mobilisation populaire, citoyenne et pacifiste sans précédent.

Cette mobilisation est d’autant plus nécessaire que les réponses données par le gouvernement français sont essentiellement sécuritaires, militaires et policières Ces mesures marginalisent, voire ignorent le judicaire. Elles visent au plan national à pérenniser un état d’urgence attentatoire aux libertés publiques, à constitutionnaliser cet état d’urgence avec tous les risques que cela comporte de remise en cause des fondements mêmes de la République et enfin, à poursuivre la remise en cause des acquis sociaux pourtant garants du vivre ensemble.

Le combat pour la paix est le combat de toutes celles et tous ceux qui résident en France. Ce combat doit être mené en visant à rassembler le plus largement possible toutes les composantes de la nation et en premier lieu tous ceux qui se battent pour la démocratie, la liberté, la fraternité, les solidarités, le progrès social, le respect de l’environnement que ce soit en tant que syndicalistes, féministes, écologistes, politiques, intellectuels et artistes… et/ou membres d’une communauté philosophique ou religieuse.

L’histoire a montré que sur toutes les questions constitutives de la défense et de la promotion de la paix, les pires mésaventures peuvent arriver quand les peuples n’ont pas investi suffisamment ce terrain et l’ont laissé entre les mains des experts, des spécialistes ou des professionnels de la politique et de la diplomatie.

L’intervention des peuples est nécessaire pour faire progresser ces idées. De même, il est déterminant que le maximum de personnes s’approprie les éléments constitutifs d’une culture de la paix telle que définie par les Nations Unies : « la culture de la paix c’est un ensemble de valeurs, attitudes, comportements et modes de vie qui rejettent la violence et préviennent les conflits en s’attaquant à leurs racines par le dialogue et la négociation entre les individus, les groupes et les Etats. ».

Cette mobilisation doit se traduire par un travail d’éducation populaire massif au sein de l’opinion publique à travers des débats et des actions de sensibilisation, mais aussi des actions de pression vis-à-vis des institutions publiques et des décideurs. Ces actions, que nous avons la responsabilité de conduire en tant que mouvement d’éducation populaire et de transformation sociale, ne doivent pas empêcher partout où c’est possible de mettre en œuvre des partenariats entre les associations, les organisations et les institutions que soit au plan local, régional ou national ou international.

Pour atteindre ces objectifs, toutes les ressources humaines sont nécessaires, toutes les contributions sont utiles et bienvenues. La mobilisation pour la paix sera efficace dans la mesure où le maximum d’individus, d’organisations et d’institutions travailleront de concert pour l’émergence d’une civilisation de paix.

En revanche, l’expérience montre également que la réussite n’est pas possible sans l’existence de mouvements de paix présents sur le tout le territoire national et investis dans les réseaux internationaux, capables d’aborder l’ensemble des thématiques nationales et internationales impliquées dans la construction d’un monde de paix

Le Conseil National du Mouvement de la Paix dans ce contexte appelle avec solennité tous ses comités, tous ses adhérents, tous ses amies et amis pour une mobilisation sans précédent afin de faire face à quatre enjeux majeurs :

  • Le renforcement du Mouvement de la Paix avec l’objectif d’un doublement du nombre d’adhérents en 2016
  • le rajeunissement de ses effectifs et de ses responsables et animateurs
  • la création de nouveaux comités de paix locaux qui constituent les outils indispensables pour une influence nationale du Mouvement de la Paix
  • une présence publique physique active, militante et régulière au sein de la population afin de donner une visibilité et une efficacité accrue à l’action du Mouvement au sein de l’opinion publique à travers la mise œuvre audacieuse de ses campagnes

Le conseil national du Mouvement de la Paix appelle tous ses membres à agir d’arrache-pied pour atteindre ces objectifs qui sont incontournables pour atteindre une meilleure efficacité.

C’est une nécessité pour répondre aux attentes de la population face aux enjeux de la situation nationale et internationale actuelle.

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“C’est la Paix qu’il faut gagner !”

Roland NivetIntroduction aux Tables rondes du séminaire de réflexion qui a eu lieu à Paris le 30 janvier 2016, autour de la thématique “Les enjeux de la Paix dans le monde aujourd’hui” organisé lors du Conseil national du Mouvement de la Paix. Retrouvons Roland Nivet, Co-secrétaire national du Mouvement de la Paix

Mesdames et messieurs les participants, représentants des Comités, invité-es, bonjour et merci pour votre présence,

“Les foyers de guerre sont nombreux, le terrorisme s’étend dangereusement, l’extrême droite se développe en Europe et dans notre pays, la crise et le dérèglement climatique sont graves même si en ce domaine une prise de conscience s’amorce.

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Cette situation m’a fait penser à ce Résistant qui parle de l’année 1942 dans le film « les jours heureux » et qui dit : « nous étions emprisonnés. Tout était noir, aucune issue ne semblait se dessiner. Et pourtant, certains d’entre nous se sont retrouvés après 1945 ministres de l’État français et nous avons réalisé des réformes dont l’ensemble du peuple bénéficient encore aujourd’hui ! »

Ce rappel juste pour montrer combien la réalité est toujours porteuse de facteurs d’espoir et qu’aucune situation ne doit être considérée comme désespérée. La situation internationale actuelle révèle quelques-uns de ces points d’espoir dans une situation contradictoire.

Au Portugal en Espagne et même en Grèce ou en Amérique latine se développent des luttes contre l’austérité, des perspectives politiques parfois surprenantes se dessinent. Mais dans le même temps une soixantaine de personnes possèdent autant de richesses que 3,5 milliards d’habitants.

Autre exemple, on voit l’Europe se replier sur elle-même et la poussée de mouvements d’extrême droite susceptibles de transformer ce continent en un archipel de ghetto (comme l’indique le journal italien Republicca). Pourtant, les manifestations de solidarité avec les réfugiés migrants sont nombreuses et beaucoup de personnes dialoguent et les écoutent. A cet égard, je suis persuadé que nombre de solutions viendront de notre capacité à écouter ce que ces réfugiés migrants ont à dire.

On pourrait multiplier les exemples qui caractérisent une situation ambivalente et ouverte par exemple à travers les progrès pour la paix constatés en Colombie.

Parmi les éléments positifs il faut aussi citer les positionnements qui ont changé par rapport à l’Ukraine et à la recherche de solutions politiques au Moyen-Orient. Le positionnement vis-à-vis de la Russie et de l’Iran sont très positifs et permettent de relancer le travail sur des solutions politiques comme à Genève. Même si la France renâcle, elle a été obligée de bouger ses positionnements et de cesser ses obstructions trop visibles. Cette situation ambivalente et contradictoire est, pour moi, révélatrice de ce que des solutions sont possibles et est donc génératrice d’espoir.

-La situation après les attentats-

Les attentats posent avec force la question des causes de cette situation et des issues envisageables.

Le terrorisme pose des questions de fond dans de nombreux domaines en France et dans le monde en particulier sur les questions de la paix, de la non-violence et de la sécurité des peuples.

Si une question nous taraude tous et toutes c’est de bien comprendre ce qui pousse des jeunes à quitter le camp de la vie, de la révolte pour celui de la mort et de son propre suicide en s’attaquant à des jeunes innocents qui sont remplis de l’envie de vivre.

Nous sommes dans une situation où un grand défi se pose aux forces de paix : empêcher que la situation actuelle entraîne notre pays et le monde encore plus dans un engrenage guerrier qui ne peut que nous apporter toujours plus d’insécurité alors que c’est la Paix qu’il faut gagner. Ce défi est posé en France mais aussi pour tous les conflits en cours.

La paix ne peut se gagner que dans un État de droit au plan national et dans le cadre du droit international au niveau international.

Mais la paix ne peut se gagner sans clarté sur les causes des conflits, ce qui nécessite débat et accentuation de la vie démocratique et non état d’urgence et stigmatisation de ceux qui cherchent à comprendre. L’exigence démocratique que nous portons est à l’antipode de ce qu’a dit le premier ministre pour qui : « chercher à comprendre c’est déjà ne pas respecter les victimes ».

Actuellement en France un grand rassemblement se fait contre l’État d’urgence avec un collectif de 70 organisations. Mais la lutte contre l’état d’urgence ne doit pas empêcher la discussion sur les causes et les solutions à plus long terme.

Si beaucoup de Français semblaient dans un premier temps prêts à accepter des restrictions de liberté pour payer le prix de leur sécurité comme les Américains avec le Patriot Act après les attentats de septembre 2001, aujourd’hui les luttes reprennent tout azimut, et la répression et les intimidations policières et sécuritaires ne les empêcheront pas !

Par contre, de plus en plus de gens comprennent que c’est bien la guerre engagée en 2001 en Afghanistan avec cette prolongation en Irak puis en Libye et en Syrie qui nous ont conduit à cette situation. La population commence à comprendre que la position guerrière de la France nous apporte de l’insécurité.

L’idée que la situation est due à la jonction de plusieurs logiques mortifères et violentes fait son chemin.

Pour ma part je distingue trois logiques différentes qui ont contribué par leur jonction à la situation catastrophique que nous connaissons :

  1. La logique financière qui écrase les peuples et les pousse en une concurrence effrénée dans le cadre de la mondialisation néolibérale ;
  2. La logique de militarisation des relations internationales pour asseoir les dominations à travers des interventions guerrières qui se multiplient ;
  3. La logique policière sécuritaire et répressive contre les peuples et les personnes qui luttent au sein des Etats en particulier chez nous (Goodyear et Notre Dame des Landes) ou contre ceux qui veulent seulement survivre et qui luttent pour leur survie (je veux parler bien sûr des réfugiés migrants).

Aujourd’hui, il y a une grande volonté de comprendre et grand est l’espoir de voir s’arrêter les catastrophes que sont les guerres, le dérèglement climatique et les injustices.

A court terme, cela peut se traduire par des régressions comme le vote d’extrême-droite dans notre pays avec la montée du racisme et de la xénophobie. Mais dans le même temps les questions sont posées et nous pouvons y apporter des réponses positives qui vont dans le sens de la paix.

Nous avons dans la situation actuelle un rôle important à jouer, et plusieurs exemples dans les actions des comités montrent que des actions rassembleuses peuvent être conduites avec réussite. Des collectifs larges comme celui crée en Ille-et-Vilaine avec 18 organisations sous l’intitulé « combattre le terrorisme par la paix, la démocratie, l’engagement » est un exemple parmi d’autres, mais il est aussi intéressant de constater qu’à Nantes le collectif d’une quarantaine d’organisations a pris comme base de rassemblement la déclaration faite par le Mouvement de la paix le 14 Novembre alors même que dans la ville de Nantes il n’y a pas de comité du Mouvement de la paix.

-Un enjeu de taille-

Le séminaire de ce 30 janvier 2016 montre qu’il y a des attentes. Or nous avons des outils et nous sommes dans une réelle dynamique que prouvent plusieurs éléments actuels :

  • Le succès des marches pour la paix et des initiatives locales quand elles sont organisées
  • Un petit mouvement d’adhésion de jeunes
  • L’aboutissement d’initiatives construites avec les jeunes comme l’exposition « visages de paix »
  • La bonne réception dans l’opinion publique et sur les réseaux sociaux de certains de nos positionnements comme par exemple le communiqué du 14 novembre qui a été lu par plus de 10 000 personnes sur les réseaux sociaux.
  • Et bien sur la richesse des initiatives des comités

Ceci dit la situation est fragile et comme toujours et comme je l’ai dit auparavant, ambivalente.

En effet, si des attentes existent le battage médiatique est lui aussi très fort.

La solution pour que les propositions pacifistes pour la paix soient plus visibles et mieux prises en compte réside pour une part dans notre capacité à favoriser un investissement plus conséquent du peuple français sur les questions de la paix et de la sécurité humaine. Cet engagement va de pair avec le travail pour l’émergence d’une culture de la paix et de la non-violence.

Cet investissement du peuple français sur ces questions nécessite d’accroître notre travail d’éducation populaire partout en vue de la promotion de l’éducation à la culture de la paix.

Cet investissement sur ces objectifs est possible dans la mesure ou un plus grand nombre d’individus, d’organisations, d’institutions travaillent de concert pour l’émergence d’une culture de la paix. Le séminaire commun organisé ce 30 janvier avec la CGT est un exemple des partenariats possibles, et d’autres contacts sont déjà pris avec le Secours populaire et la Fédération nationale des MJC.

Pour avancer et rassembler il faut des actions à fort contenu. C’est le sens de l’appel « En marche pour la paix » et du flyer qui a été édité et transmis à tous les comités après les événements du 13 novembre.

Mais pour atteindre ces objectifs et pour être efficace il faut que le Mouvement de la paix soit présent sur tout le territoire national !

Chacun doit bien mesurer que cela passe par la création de nouveaux comités, création qui ne peut provenir que de démarche relativement volontaristes de la part des comités qui sont proches des régions où n’avons aucune implantation.

Il faut aussi que nous ayons beaucoup plus de membres et que nous allions vers le doublement du nombre d’adhérents. Et parmi ces membres il faut que nous ayons beaucoup plus de jeunes.

Par ailleurs, il convient que nous soyons beaucoup plus présents et visibles régulièrement sur le terrain en portant les campagnes qui sont les nôtres auprès de l’opinion publique

Un des objectifs principaux de ce Conseil national est de finaliser et perfectionner les outils dont nous avons besoin pour réaliser nos objectifs de renforcement, rajeunissement et de présence et actions publiques sur le terrain.

Il nous appartiendra aujourd’hui de promouvoir toutes les initiatives et propositions qui donnent envie aux gens d’agir avec nous et de renforcer le Mouvement de la paix. C’est le sens de notre Appel national qui comporte 4 objectifs :

  1. Création de comités
  2. Renforcement en nombre d’adhérents
  3. Rajeunissement
  4. Présence publique accrue.

C’est la condition indispensable, non seulement pour concrétiser le maximum des actions que nous avons prévues dans le cadre du projet triennal du Mouvement de la paix, mais c’est aussi indispensable pour répondre aux attentes de la population face aux enjeux de la situation internationale actuelle et face aux inquiétudes résultant des attentats du 13 novembre 1015…”

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“Le capitalisme est devenu son propre ennemi”

Jacques-Fath

Retrouvez la contribution de Jacques Fath, à l’occasion de notre séminaire sur “Les enjeux de la paix dans le monde aujourd’hui”, organisé par le Mouvement de la Paix en partenariat avec la CGT le 30 janvier 2016 en marge du Conseil national du Mouvement de la Paix.

“ J’ai pris le parti de répondre à cette question, au pied de la lettre mais à ma façon: en essayant de montrer quels sont les facteurs de l’insécurité dans le monde d’aujourd’hui, et ce que devrait être une conception positive de la sécurité.

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Le terme “sécurité” provoque toujours une certaine méfiance et de la prévention. Durant toute la Guerre froide, en effet, il fut lié aux confrontations et équilibres des grandes puissances, à la dissuasion, à la maîtrise des armements (et non aux enjeux du désarmement), aux logiques de puissances… Avec le basculement géopolitique de la chute du mur de Berlin (1989) et la fin de l’antagonisme des blocs, l’enjeu de la sécurité, dans un monde stratégique bouleversé, n’est globalement plus le même.

On dit aujourd’hui que la guerre a changé de nature. Ce qui est vrai. On parle de guerres asymétriques, hybrides, de cyberguerres, de guerres civiles et de terrorisme…Tout cela correspond à des réalités. Il s’agit d’une description des formes actuelles des conflits. Mais cela n’explique pas grand chose. Il faut aller chercher les causes de ces crises et de cette nouvelle conflictualité pour comprendre.

Les causes sont essentiellement de deux ordres, mais tout est lié…

1) Les crises sociales, le sous-développement dans toutes ses dimensions, la pauvreté, la corruption, les humiliations… C’est à dire les insécurités, les vulnérabilités induites par la crise du mode de développement capitaliste et les conséquences du néolibéralisme, et de l’ajustement structurel au Sud. On peut dire que le capitalisme n’a plus d’adversaires extérieurs. En quelque sorte, il est devenu son propre ennemi puisqu’il est la cause première de ses propres problèmes.

2) Les déstabilisations induites par les dominations, les ingérences, les interventions militaires néo-impériales et néo-coloniales. On constate aisément à quel point les guerres d’Afghanistan, d’Irak, de Libye ont propulsé les facteurs de crise, aggravé les conflits, encouragé les principaux acteurs des affrontements.

Tout ceci constitue l’aspect le plus nouveau : les conditions de la sécurité nationale, régionale, internationale sont détruites par la crise et par les réponses que les puissances occidentales, principalement, lui apportent. On voit que les facteurs de causalité ont été globalement inversés. Ce n’est plus, comme durant la Guerre froide, la confrontation des grandes puissances qui, essentiellement, structure et détermine les conflits. Ce sont des causes systémiques, internes, structurelles qui constituent un facteur déclenchant déterminant des conflits et de l’insécurité.

Cependant, cette inversion, qui est le résultat d’un basculement géopolitique majeur, ne supprime pas l’affrontement stratégique des grandes puissances.

Dans tous les conflits, on constate que cet affrontement prend une grande dimension. Et plus le conflit s’exacerbe en élargissant les insécurités, plus le jeu des puissances s’affirme. C’est le cas dans les crises syriennes ou ukrainiennes, par exemple. C’est le cas en Asie et en Afrique avec un repartage des tâches qui laisse la France intervenir militairement dans son champ néo-colonial.

Il se crée ainsi quelques alliances, convergences ou coalitions complexes sous la direction ou la supervision de grandes puissances. Par exemple, dans la crise syrienne, la coalition USA / Arabie Saoudite / Pays du Golfe / Turquie, avec Israël qui tient une place particulière vis à vis de cette coalition. Cette coalition est complexe au sens où chacune des puissances régionales a ses intérêts propres et des motivations stratégiques spécifiques… ainsi que ses adversaires prioritaires. Ce qui accroît encore les contradictions et les problèmes de sécurité. La Turquie, par exemple, fait partie de la coalition anti-Daech, mais elle cherche d’abord à frapper les Kurdes. L’Arabie Saoudite fait partie de cette même coalition, mais elle vise d’abord l’Iran…

On est donc loin de la Guerre froide, évidemment, mais il y a, dans le contexte actuel, une persistance de confrontations stratégiques de grandes dimensions pour des zones d’influence, pour des intérêts politiques, économiques, énergétiques… C’est dans ce contexte compliqué que le combat pour la Paix et la sécurité des peuples se situe aujourd’hui. Et on ne peut progresser vers une situation de paix que si on agit pour construire, reconstruire une sécurité dans toutes ses dimensions. C’est la sécurité économique, sociale, institutionnelle, écologique comme ensemble de facteurs déterminants. Cela touche aux politiques publiques nationales. C’est aussi la sécurité internationale par le désarmement (pour tous les types d’armes), par la négociation de mesures de confiance, par la coopération, par la démilitarisation des pratiques dans les relations internationales, l’interdiction du commerce des armes, etc. Et tous ces processus nécessitent une démarche multilatérale, le renforcement du rôle de l’ONU.

Je souhaite soulever, en particulier, trois enjeux ou débats importants (parmi d’autres):

1) Le débat institutionnel.

C’est l’enjeu du multilatéralisme, du droit, de l’ONU. Il est politiquement décisif. Prendre des décisions collectives pour résoudre des problèmes communs sur la base du droit et de la légitimité que donne la Charte des Nations-Unies… c’est s’inscrire dans une démarche contraire à celle de l’unilatéralisme et des logiques de puissance néo-impériales. Changer de cadre et de méthode, c’est déjà changer sur le fond, et contribuer à transformer la nature des relations internationales. C’est le Conseil de sécurité de l’ONU qui exerce la responsabilité principale dans le domaine de la paix et de la sécurité internationale. Le débat peut porter sur les missions, le droit de veto, le statut et la représentativité des membres de cet organe dominant… Mais il doit porter surtout sur l’ensemble de l’Organisation, sa sauvegarde, son renforcement. Et c’est plus compliqué qu’il n’y paraît, tellement l’ONU fait l’objet d’une instrumentalisation dans les logiques de guerre et les politiques de puissance…et tellement elle fait l’objet aussi d’un affaiblissement de son rôle par la multiplication des « cadres de substitution » que sont les G8, G20, des instances comme les groupes de contact ou des conférences où l’ONU n’est qu’un membre parmi d’autres… Et il y a, bien sûr, le poids du rôle envahissant de l’OTAN comme organisation politico-militaire se donnant une vocation stratégique d’intervention mondiale dans un esprit « régénéré » de Guerre froide. Rappelons que les Nations-Unies, comme organisation universelle, doivent être le lieu légitime du multilatéralisme et de la coopération dans l’esprit de sa Charte.

D’une façon générale, il est nécessaire d’être très présents et créatifs dans cet enjeu institutionnel qui touche directement aux contenus des politiques étrangères, de défense et de sécurité.

2) Le débat budgétaire.

Au nom de l’exigence de sécurité, beaucoup, à droite et à gauche et chez les professionnels concernés, appellent à une augmentation substantielle des budgets de défense et de l’intérieur. Certains, face à l’importance de la menace terroriste, prônent une sorte de basculement budgétaire total, une restructuration budgétaire globale qui signifierait une fin ou un affaiblissement fatal de ce qu’on appelle « l’État providence ». Des responsables politiques se sont exprimés de cette façon (J. Attali ou B. Lemaire par exemple), des militaires l’ont fait aussi, comme le Général Vincent Desportes ou le Colonel Michel Goya.

L’idée est de mettre en concordance, d’une part, l’identification des menaces telles qu’elles apparaissent dans le Livre Blanc pour la Défense et la Sécurité Nationale (LBDSN 2008 et 2013), et d’autre part, les moyens engagés pour y faire face. Ce basculement budgétaire d’ensemble consisterait à donner, de façon urgente, toute la priorité aux quatre budgets dits régaliens : défense, diplomatie, sécurité et justice. C’est, à la clé, une atteinte brutale aux budgets publics économiques et sociaux dans leur portée et leur cohérence, et un démantèlement des droits et acquis sociaux qui vont avec. Avec la politique anti-sociale du gouvernement, des pas importants et inquiétants sont faits dans cette direction. Avec ce projet de restructuration budgétaire globale on assiste à une inacceptable pression pour légitimer et précipiter cette orientation. C’est une destruction rapide du modèle social français dont il est question.

La bataille à mener porte donc sur la nature des politiques publiques, et y compris sur les politiques européennes concernées. Contre l’austérité, pour le maintien et le renforcement des engagements budgétaires et politiques consacrées aux des dépenses sociales, pour un mode de développement garantissant un progrès des conditions de vie, une croissance durable, les reconstructions étatiques et sociales lorsque cela s’impose, en particulier au sud dans le cadre de crises avec la déliquescence d’états… Cette bataille porte en même temps sur la façon dont on doit construire de la sécurité par le désarmement et le règlement des conflits. Sur le plan international, on rejoint ainsi l’exigence de la sécurité humaine telle qu’elle a été initiée par l’ONU il y a plus de 20 ans. C’est une façon de nourrir ce qu’on appelle la culture de paix. Il s’agit d’une toute autre logique pour un nouveau mode de développement.

3) Le débat stratégique.

On constate, depuis les deux mandats de George Bush et avec Barak Obama, ainsi que Nicolas Sarkozy et François Hollande pour la France, l’échec des politiques de guerre au sens où non seulement ces guerres ne résolvent aucun des problèmes posés, mais, en plus, elles aggravent les conflits, élargissent les déstabilisations, nourrissent la violence politique et le terrorisme. On aboutit ainsi a davantage d’insécurités. Ce qui conduit à une mise en cause indispensable des logiques de guerre, donc des politiques de puissance et de l’exercice de la force.

Allons plus loin. Cette bataille nécessaire implique aussi, de mon point de vue, la mise en cause de la prévalence de la pensée stratégique dominante fondée sur la recherche de la sécurité par la priorité au militaire et par la force. De la même manière que le néo-libéralisme est un mode de gestion pour les règles et les logiques du capital, je crois qu’on peut dire que la pensée stratégique dominante, c’est le mode de gestion des logiques de puissance inhérentes au capitalisme et à ses formes impérialistes ou néo-coloniales.

Ce n’est pas un débat théorique. C’est un enjeu politique majeur. Nous devons regagner sur cet enjeu. Et faire reculer la prégnance des conceptions politiques bâties sur la puissance, sur la guerre et sur l’exercice de la force en tant que logiques présentées comme « naturelles » et soit disant incontournables dans la recherche de la sécurité internationale.

La pensée stratégique dominante imprègne toutes les politiques conduites face à l’ensemble des problèmes posés, face aux crises, aux insécurités, au terrorisme. Il faut « déconstruire » cette pensée idéologique pour légitimer une toute autre conception, une toute autre vision de la sécurité pour les peuples et pour les relations internationales.”

Blog: https://jacquesfathinternational.wordpress.com

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“L’État d’urgence ne sert absolument pas la démocratie”

Responsable publications et communication "ELELE-Migrations et Cultures de Turquie", Directeur de l'Amicale France-TurquieRetrouvez la contribution de Nejat Ferouse, à l’occasion de notre séminaire sur “Les enjeux de la paix dans le monde aujourd’hui”, organisé par le Mouvement de la Paix en partenariat avec la CGT le 30 janvier 2016 en marge du Conseil national du Mouvement de la Paix.

Bonjour,

Une semaine après les attentats du 13 novembre, le Comité confédéral national de la CGT, a dit dans sa déclaration :

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« Nous sommes favorables à un renforcement de la sécurité et des libertés des citoyens. Il ne faut pas confondre des moyens et des effectifs de police et gendarmerie supplémentaires avec une restriction des libertés individuelles et collectives. De même, combattre, écarter les formes de radicalisation passe avant tout par le respect des droits fondamentaux d’accès à l’éducation, à la culture, à la santé et à l’emploi. »

Un mois après, ensemble, avec une centaine d’organisations, nous avons dit : « L’état d’urgence et le climat de guerre intérieure alimentés par le gouvernement contribuent au renforcement des amalgames et aux pratiques discriminantes, notamment de la part des forces de police. Ce ne sont pas « les terroristes qui sont terrorisés », ce sont des jeunes et des populations victimes de l’arbitraire en raison de leur origine et/ou de leur religion qui voient leur situation encore davantage fragilisée. »

Nous avons ajouté un mois après : « Non au projet de déchéance de la nationalité, non à une démocratie sous état d’urgence, non à une réforme constitutionnelle imposée sans débat, en exploitant l’effroi légitime suscité par les attentats. Nous n’acceptons pas la gouvernance de la peur, celle qui n’offre aucune sécurité mais qui assurément permet de violer nos principes les plus essentiels. »

Je pense qu’Il est difficile, voire impossible de comprendre le véritable enjeu de la prolongation de l’état d’urgence, si on ne le situe pas dans le contexte d’une transformation radicale du modèle étatique qui nous est familier. Mais avant tout nous devons démentir la thèse selon laquelle l’état d’urgence serait un bouclier pour la démocratie.

Les raisons de sécurité plutôt que la raison d’État

Historiquement nous savons que c’est le contraire qui est vrai. L’état d’urgence est justement le dispositif par lequel les pouvoirs totalitaires se sont installés en Europe. Dans les années qui ont précédé la prise du pouvoir par Hitler, les gouvernements sociaux-démocrates de Weimar avaient eu si souvent recours à l’état d’exception, qu’on a pu dire que l’Allemagne avait déjà cessé d’être une démocratie parlementaire, avant 1933. Le premier acte d’Hitler, après sa nomination, a été de proclamer un état d’urgence, qui n’a jamais été révoqué. L’état de siège était en vigueur dans plusieurs départements de la Turquie sous prétexte de mettre fin au terrorisme pendant plusieurs mois, avant le coup d’État militaire du 12 septembre 1980. Non, non, je ne prédis pas un coup d’État militaire en France, mais l’état d’urgence ne sert absolument pas la démocratie.

Dans un pays qui vit dans un état d’urgence prolongé, les opérations de police se substituent progressivement au pouvoir judiciaire, commence alors rapidement une dégradation des institutions publiques. Cette dégradation peut atteindre un stade irréversible.

Cet état d’urgence s’inscrit dans un processus qui est en train de faire évoluer nos démocraties occidentales vers quelque chose qu’on peut appeler État de sécurité. Les politologues américains disent « Security State ». Le mot « sécurité » est tellement entré dans le discours politique que l’on peut dire que les « raisons de sécurité » ont pris la place de ce qu’on appelait, autrefois, la « raison d’État ».

Selon la philosophie politique qui se trouve aux fondements de l’organisation de nos sociétés, le contrat qui transfère les pouvoirs au souverain présuppose la peur réciproque et la guerre de tous contre tous : l’État est ce qui vient justement mettre fin à la peur. Dans l’État de sécurité, ce schéma se renverse : l’État de sécurité se fonde durablement sur la peur. Et il doit l’entretenir, car il tire de la peur sa fonction essentielle et sa légitimité.

Si un État de sécurité a besoin de la peur pour se légitimer, il faut alors, à la limite, produire la terreur ou, au moins, ne pas empêcher qu’elle se produise. Nous voyons ainsi les pays poursuivre une politique étrangère qui alimente le terrorisme qu’on doit combattre à l’intérieur et entretenir des relations cordiales et même vendre des armes à des États dont on sait qu’ils financent les organisations terroristes.

Nous assistons à la transformation radicale des critères qui établissent la vérité et la certitude dans la sphère publique. Ce qui nous frappe avant tout dans les comptes rendus des crimes terroristes, c’est le renoncement intégral à l’établissement de la certitude judiciaire.

Alors qu’il est entendu dans un État de droit qu’un crime ne peut être certifié que par une enquête judiciaire, sous le paradigme sécuritaire, on doit se contenter de ce qu’en disent la police et les médias qui en dépendent – c’est-à-dire deux instances qui ont toujours été considérées comme peu fiables. D’où les contradictions flagrantes dans les reconstructions des événements, qui éludent toute possibilité de vérification. Nous sommes davantage face à des commérages qu’à des enquêtes. Cela signifie que l’État de sécurité a intérêt à ce que les citoyens – dont il doit assurer la protection – restent dans l’incertitude sur ce qui les menace.

Une notion intitulée “soupçon plausible”

C’est la même incertitude que l’on retrouve dans le texte de la loi du 20 novembre sur l’état d’urgence, qui se réfère à « toute personne à l’égard de laquelle il existe de sérieuses raisons de penser que son comportement constitue une menace pour l’ordre public et la sécurité ». Il est tout à fait évident que la formule « sérieuses raisons de penser » n’a aucun sens juridique et, en tant qu’elle renvoie à l’arbitraire de celui qui « pense », peut s’appliquer à tout moment à n’importe qui. Mais, dans l’État de sécurité, ces formules indéterminées, qui ont toujours été considérées par les juristes comme contraires au principe de la certitude du droit, deviennent la norme.

Savez-vous qu’en Turquie, on a inventé et introduit au code pénal, une notion intitulée « soupçon plausible » ? Deux éminents journalistes, détenus depuis deux mois sans aucun procès, risquent des peines de prison à vie.

La même imprécision et les mêmes équivoques reviennent dans les déclarations des dirigeants politiques, selon lesquelles la France serait en guerre contre le terrorisme. Une guerre contre le terrorisme est une contradiction dans les termes, car l’état de guerre se définit précisément par la possibilité d’identifier de façon certaine l’ennemi qu’on doit combattre. Dans la perspective sécuritaire, l’ennemi doit – au contraire – rester dans le vague, pour que n’importe qui – à l’intérieur, mais aussi à l’extérieur – puisse être identifié en tant que tel.

La sécurité dont il est question aujourd’hui ne vise pas vraiment à prévenir les actes de terrorisme, mais à établir une nouvelle relation avec les hommes, qui est celle d’un contrôle généralisé et sans limites – d’où l’insistance particulière sur les dispositifs qui permettent le contrôle total des données informatiques et communicationnelles des citoyens, y compris le prélèvement intégral du contenu des ordinateurs. Le citoyen devient en quelque sorte un terroriste en puissance.

Maintien d’un état de peur généralisé, dépolitisation des citoyens, renoncement à toute certitude du droit : voilà les traits caractéristiques de l’État de sécurité. L’État de sécurité sort du domaine connu de la politique. Il se dirige vers une zone incertaine, où nous aurons de plus en plus du mal à définir les frontières.

Une sanction d’une lourdeur exceptionnelle a frappé le 12 janvier dernier huit ex-salariés de l’usine Goodyear d’Amiens, pour des faits remontant à 2014. Une « séquestration » de trente heures pour deux cadres, retenus à la table des négociations suite au plan social impitoyable qui conduisit de près de 1 200 salariés du site. Les intéressés eux-mêmes avaient choisi de retirer leur plainte en signe d’apaisement, mais le parquet a décidé de poursuivre coûte que coûte, obtenant la condamnation de huit d’entre eux à neuf mois de prison ferme.

C’est une première sous la Vème République. Et, c’est du pur hasard. Merci de votre attention.

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« Il faut qu’existe une plus grande convergence dans la lutte pour la paix »

Ilda-FigueiredoRetrouvez la contribution d’Ilda Figueiredo, à l’occasion de notre séminaire sur “Les enjeux de la paix dans le monde aujourd’hui”, organisé par le Mouvement de la Paix en partenariat avec la CGT le 30 janvier 2016 en marge du Conseil national du Mouvement de la Paix.

Chers Amis,

Je vous transmets les salutations du Conseil portugais pour la paix et la coopération au mouvement de la paix en France, à la CGT et à toutes et tous qui se trouvent ici.

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Je vous remercie pour votre invitation pour participer à cette table ronde.

Quand nous parlons de sécurité, il faut préciser quelques points, qui pour nous sont les objectifs fondamentaux de la Charte des Nations Unies, de la Déclaration universelle des droits de l’homme et, dans le cas du Portugal, de la Constitution de la République Portugaise, qui fête ses 40 ans le 2 avril de cette année. Donc, la sécurité est étroitement liée à la démocratie, à la liberté, à la justice sociale, au progrès, au développement et à la paix.

Cela signifie que nous devons œuvrer pour le respect des droits fondamentaux de l’homme, dans la dignité et la valeur de la personne humaine, dans l’égalité des droits des hommes et des femmes, de même que des nations, grandes et petites.

Il faut créer les conditions nécessaires au maintien de la justice et au respect des obligations découlant des traités et autres sources du droit international, promouvoir le progrès social et instaurer de meilleures conditions de vie, dans une notion plus large de la liberté.

Il est donc essentiel de développer des relations amicales entre les nations, fondées sur le respect du principe de l’égalité des droits et de l’autodétermination des peuples, et de prendre d’autres mesures visant à consolider la paix universelle.

Pour réaliser la coopération internationale, il faut résoudre les problèmes internationaux d’ordre économique, social, culturel ou humanitaire, il faut promouvoir et encourager le respect des droits humains et des libertés fondamentales pour tous, sans distinction d’origine, de sexe, de langue ou de religion.

Le principe de l’égalité souveraine de tous les membres de la communauté internationale exige de régler les différends internationaux par des moyens pacifiques, de façon à ce que la paix, la sécurité internationale, et la justice, ne soient pas mises en danger ; elle exige aussi de s’abstenir dans les relations internationales de la menace ou de l’usage de la force, que ce soit contre l’intégrité territoriale ou contre l’indépendance politique de n’importe quel État.

Le principe de l’égalité souveraine

Comme vous le savez bien, je parle des principes de la Charte des Nations Unies.

Mais maintenant nous savons que ces principes ne sont pas respectés par les puissances occidentales, notamment au niveau de l’Union européenne. Nous savons que le système inhumain, exploiteur et agressif dominant, le capitalisme, encourage les processus de déstabilisation dans différentes parties du monde, qui se sont aggravés avec l’invasion de l’Afghanistan et de l’Irak, mais aussi en Palestine, en Syrie, etc. et les guerres d’agression impérialistes, la politique de domination économique et la mainmise sur les ressources naturelles.

Une des conséquences en est le drame humain du mouvement des réfugiés et des immigrés en provenance de diverses régions du continent africain et du Moyen-Orient.

Ces mouvements migratoires et l’immigration sont de véritables évasions pour fuir la pauvreté, la guerre et la mort. Des centaines de milliers de personnes et des familles entières qui risquent leur vie en luttant pour survivre portent avec elles des histoires de vie dramatiques. Le droit inaliénable à la vie et à la dignité est un principe fondamental consacré dans la Charte des Nations Unies.

Par conséquent, nous considérons que, pour des raisons humanitaires et par devoir légal, il est nécessaire de prendre les mesures nécessaires pour fournir des soins appropriés aux réfugiés et aux immigrés, dans une expression de solidarité avec les personnes victimes d’agressions et de politiques de domination économique et géostratégique.

Nous déplorons la façon dont l’Union européenne répond à cette réalité, en identifiant le droit à la survie de millions d’êtres humains avec une menace, en ouvrant la voie au racisme et à la xénophobie et aux actions criminelles des groupes fascistes.

Nous déplorons toute discrimination dans la réponse aux problèmes humanitaires sur la base de la distinction entre les réfugiés et les migrants, et nous condamnons les visions et les déclarations, en particulier de certains partis politiques et de quelques pays, qui, sous prétexte de la crise humanitaire créée par les politiques des États-Unis, l’OTAN et frontalement l’Union européenne, soutiennent de nouvelles aventures militaires au Moyen-Orient et en Afrique.

Et nous exprimons notre solidarité avec les peuples victimes d’ingérence et d’agression extérieure – en particulier les Syriens, qui représentent aujourd’hui le plus grand nombre de réfugiés – et avec les personnes qui sont victimes de l’exploitation, du pillage des ressources naturelles et du déni de leurs droits économiques et sociaux les plus élémentaires. Mais aussi avec toutes et tous qui en France, au Danemark et dans d´autres pays luttent contre la répression et la limitation des libertés.

Développer une politique humanitaire de soutien aux réfugiés

Nous croyons que la réponse nécessaire à cette situation entraîne inévitablement le respect des droits de l’homme, y compris sociaux et du travail, et le droit des peuples au développement; l’abandon de la politique de répression et de la militarisation de cette question – ce qui ne fait qu’aggraver les causes et alimente les réseaux d’immigration clandestine.

Il faut développer une politique humanitaire de soutien aux réfugiés et respecter les droits des migrants, il faut lutter contre les causes de l’immigration de masse – c’est à dire, pour la fin de la politique de guerre et d’intervention, pour la fin des politiques néocoloniales d’exploitation des personnes et des pays d’Afrique et du Moyen-Orient –, il faut respecter la souveraineté et l’indépendance des États, résoudre la pauvreté et donner toute l´attention à la solidarité et à la coopération politiques réelles pour le développement des pays économiquement les moins développés.

La question de la sécurité en Europe consiste donc à résoudre ces problèmes, en renversant les politiques. Nous pensons qu’il est nécessaire aussi de mettre fin aux mesures économiques d´austérité, dictées par l’obsession du déficit, qui touchent les zones essentielles de l’État que sont la justice et la sécurité publique ; tout en écoutant les justes revendications des travailleurs, il est nécessaire d’assurer le fonctionnement normal des tribunaux et des forces et services de sécurité, d’assurer le droit à l’accès à la justice, la sécurité et la tranquillité publiques.

Il est nécessaire d’assurer la défense de la démocratie et des libertés, sur la base des principes de la démocratie, avec l’approfondissement des droits, des libertés et des garanties, et renforcer la participation des citoyens à la vie politique; il est nécessaire d’assurer une politique de sécurité qui défende les droits des citoyens et la tranquillité publique. Une question cruciale pour la défense du système démocratique est la subordination réelle du pouvoir économique au pouvoir politique.

Et pour nous, toutes et tous ceux qui sommes épris de paix, il faut aussi qu’existe une plus grande convergence dans la lutte pour la paix, pour dénoncer les causes de la situation actuelle, du militarisme et de la guerre, et pour promouvoir la solidarité avec les personnes victimes de l’agression, de l’ingérence et des guerres, pour le développement, le progrès de l’humanité et la Paix.

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« La sécurité pour des États c’est vivre en paix, sans guerre »

Daniel Durand, Collaborateur de l'I.D.R.P. (Institut de Documentation et de Recherches sur la Paix)Retrouvez la contribution de Daniel Durand, à l’occasion de notre séminaire sur “Les enjeux de la paix dans le monde aujourd’hui”, organisé par le Mouvement de la Paix en partenariat avec la CGT le 30 janvier 2016 en marge du Conseil national du Mouvement de la Paix.

« La thématique proposée est vaste et 8 minutes sont bien courtes pour l’aborder.

Je fais donc un choix : j’aborderai peu ce dont tout le monde parle, sécurité et état d’urgence, état d’urgence et modification constitutionnelle

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Je vous renvoie à mon blog de cette semaine « État d’urgence : savoir raison garder » et à l’excellent article de Raoul Alonso dans Planète paix de ce mois : « Quelles sont les urgences dans la situation actuelle ? ». Comme nous sommes dans un séminaire initié par le Mouvement de la paix et la CGT, je partirai plus d’un point de vue d’internationaliste, car je pense qu’il y a besoin d’une approche spécifique, différente de celle d’une organisation de défense des droits comme la LDH ou de celle d’une association de solidarité internationale.

Je ferai deux séries de remarques : la première pour baliser le terrain de la sécurité, la seconde pour poser quelques rapides réflexions prospectives.

Une définition d’abord : si l’on regarde une encyclopédie ou Wikipedia, on lit que, psychiquement, la sécurité est « l’état d’esprit d’une personne qui se sent tranquille et confiante ». Pour l’individu ou un groupe, c’est «le sentiment (bien ou mal fondé) d’être à l’abri de tout danger et risque».

On voit que cette définition comporte deux facteurs : une appréciation subjective, celle du degré ou du type de sécurité que l’on souhaite obtenir à un moment donné et second facteur plus matériel, le danger ou le risque contre lequel, on veut être protégé.

Traditionnellement, on a distingué deux types de sécurité : celle sur le plan extérieur, international, des relations entre des états et celle sur le plan intérieur des relations entre des individus dans un état, ou entre des individus et cet état.

Si on raisonne sous l’angle des menaces, des dangers :

La sécurité face au danger, à la menace pour les individus, c’est la protection contre l’oppression, la liberté de vivre, travailler, faire vivre une famille, être protégé contre l’arbitraire, violence, voire les guerres donc vivre en paix et en liberté.

Cette sécurité intérieure renvoie aux notions d’ordre, de liberté et de justice donc à deux institutions, la police et la justice.

La sécurité pour des États, c’est vivre en paix, sans guerre, c’est l’absence de menace contre son existence et ses valeurs. La paix est donc, dans ce cas, d’abord, absence de guerre : être protégé d’une guerre, c’est être en sécurité. Pour un État, la protection de ses valeurs a renvoyé dans tous les siècles passés à la notion de force militaire, de défense et d’armée.

Je ne m’étendrai pas sur les évolutions de la sécurité intérieure, dans l’histoire, pour un pays comme la France ou pour tous les pays, en général : elle a varié suivant les périodes, les systèmes politiques, les avancées ou les reculs de la démocratie.

Sur le plan de la sécurité extérieure, les évolutions du concept de sécurité ont été considérables au cours du dernier siècle.

Schématiquement, jusqu’à la guerre de 14-18, chaque État assure sa protection, sa sécurité, seul ou au travers d’alliances avec deux-trois- quatre autres états contre d’autres.

La grande évolution a lieu en 1945 avec l’adoption de la Charte des Nations unies et la création de l’ONU. Deux principes majeurs sont posés : tous les peuples, donc tous les états, font partie de la même communauté mondiale, la force armée et la guerre sont bannies de leurs relations. De ce fait, la communauté défend l’un des siens si elle estime qe la sécurité et la paix internationales sont menacées. Elle peut même employer la force armée : c’est le fondement du chapitre 7 de la Charte des Nations unies. C’est le principe d’une sécurité collective qui est posé.

La deuxième grande évolution a lieu après la fin de la guerre froide. On se rend compte que la paix, la sécurité internationale, peuvent être affectées par de nouveaux défis ou nouvelles menaces. On va parler de sécurité environnementale, sociétale, économique…

Cette évolution est très bien reflétée par le rapport remis en 2005 par le Secrétaire général de l’ONU, Kofi Annan : intitulé « Dans une liberté plus grande », et qui dit en préambule : « Il n’y a pas de sécurité sans développement, il n’y a pas de développement sans sécurité, et il ne peut y avoir ni sécurité, ni développement si les droits de l’homme ne sont pas respectés. »

La sécurité doit donc être collective, mais aussi globale.

La dernière évolution du concept a lieu dans la première décennie du XXIe siècle avec un nouveau questionnement : peut-il y avoir une sécurité globale planétaire sans que les humains en tant qu’individus ne soient eux-mêmes en sécurité, c’est-à-dire sans qu’ils ne soient tous capables de vivre à l’abri de la peur (« free of fear »), de la menace mais aussi en étant capables de vivre leur émancipation, de réaliser leurs potentialités. C’est ainsi que se développe le nouveau concept de sécurité humaine. C’est dans ce contexte que sera adopté par le Conseil de sécurité la notion du « devoir de protéger » des populations contre une menace de génocide, tant extérieure que intérieure.

Une autre évolution majeure se produit dans cette même décennie.

L’apparition du danger terroriste avec l’attentat contre les Twin towers en 2001, le développement du réseau Ben Laden, puis Daesh, pose un problème nouveau : ce sont des entités non-étatiques les adversaires, mais qui utilisent des moyens qui peuvent être assimilés à des moyens militaires.

Aux États-Unis dès 2001, avec le Patriot Act, en France, dès 2008 avec la LPM, puis plus tard, avec la loi sur le Renseignement, est avancée l’idée de fusion de la sécurité intérieure et de la sécurité extérieure dans le concept de « sécurité nationale ». Y sont intégrées la lutte contre le terrorisme mais aussi la lutte contre la cyberguerre qui, elle-aussi, n’est pas le fait forcément d’entités étatiques, mais qui peut avoir des buts militaires : destructions d’équipement, de communications.

Quelles conséquences ? Le concept de sécurité nationale va mêler ce qui était distinct auparavant : la Défense et l’Intérieur. Des organismes de coopération sont mis en place.

Cela remet en cause la place du contrôle des procédures par la justice . On sait bien que la garantie individuelle des citoyens n’existe guerre en temps de guerre.

C’est dans l’évolution de ce contexte qui ne date pas de novembre dernier qu’il faut placer la réflexion sur la sécurité aujourd’hui.

Deux ou trois réflexions pour finir :

Il y a un débat récurrent et démagogique : peut-on assurer une sécurité absolue, totale, à 100 % : je réponds NON et non. La seule sécurité absolue, c’est la destruction totale de l’autre. Sauf que c’est pratiquement impossible et que le but, c’est d’être en sécurité et de vivre en paix. Or, si votre relation avec l’autre, les autres, a été d’essayer de les détruire, vous n’arriverez jamais à vivre ensemble un jour, et à construire ensemble la paix. C’est ce qui avait amené le philosophe Kant, à poser ce postulat : la seule sécurité, c’est de créer la confiance entre les acteurs pour construire la paix. Donc la préoccupation première est de réfléchir, non seulement à sa propre sécurité, mais aussi et surtout à quoi faire pour que l’autre soit en confiance, donc à quoi faire pour qu’il se sente en sécurité.

C’est cela l’assise théorique du primat de la négociation politique pour résoudre un conflit : créer les conditions de la confiance entre les acteurs, donc penser prioritairement à la sécurité de l’autre.

Il y a une exigence à refuser la démagogie : non, la sécurité absolue en repoussant les autres, n’existe pas. Il faut conjuguer mesures de protection policières ou militaires et résolution des problèmes qui bloquent toute possibilité de progrès, de rétablissement de la confiance.

J’espère que la discussion permettre de revenir sur ces idées rapidement esquissées et sur celles que j’ai allègrement escamotées. »

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« Aucun des terroristes du 11 septembre n’était un immigré »

Cathy Schneider, Professeur d'université à AvignonRetrouvez la contribution de Cathy Schneider, à l’occasion de notre séminaire sur “Les enjeux de la paix dans le monde aujourd’hui”, organisé par le Mouvement de la Paix en partenariat avec la CGT le 30 janvier 2016 en marge du Conseil national du Mouvement de la Paix.

Sacralisation du traumatisme

Les spécialistes soutiennent que la réponse dominante à un traumatisme de groupe est de créer une mémoire sacrée de l’événement de manière à ce que cette identité soit rétablie.

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La relation d’une personne avec le traumatisme devient l’identité de base. Un groupe se forme autour de l’acte de se souvenir autant qu’autour de la mémoire elle-même.

Nous contre Eux

L’histoire est figée dans l’état du sacré, inattaquable par les versions contradictoires, voire complexes, de nos réactions à l’événement d’origine. Rejoindre le groupe signifie passer des tests décisifs définis en rappelant l’événement d’une manière particulière. Inévitablement, il y a des gens laissés de côté et vilipendés.

Le 11/09

Aucun des terroristes du 11/09 n’était un immigré. Six des 19 pirates de l’air avaient dépassé leur visa touristique ou étudiant ! Les visas n’ont rien à voir avec l’immigration.

Les immigrés musulmans à l’époque étaient parmi les personnes qui avaient le mieux réussi et qui étaient bien intégrés dans la population : un pourcentage bien plus élevé de professionnels que la population indigène.

L’islamophobie et la xénophobie croissantes

Après le 11 septembre, 58% des Américains étaient en faveur des contrôles de sécurité plus intensifs pour les Arabes, y compris ceux qui étaient des citoyens.

49% voulaient que les Musulmans portent des cartes d’identité spéciales. 32 % voulaient qu’ils soient soumis à une surveillance particulière.

La réponse des Musulmans

Le Conseil des Musulmans Américains a exhorté les Musulmans Américains à postuler à des emplois de respect de la loi afin d’aider à la détection du terrorisme. « Les organisations musulmanes se sont ralliées et se déclarent encore plus ardemment Américaines, démocratiques et solidaires des libertés civiles ». Les organisations musulmanes ont développé des partenariats avec le FBI et le département de la Sécurité Intérieure.

Registre des Musulmans

En octobre 2011 le gouvernement a commencé un programme d’enregistrement Spécial qui obligeait les Musulmans de 33 pays à se présenter pour des prises d’empreintes digitales.

Il a transféré les Services d’Immigration au département de Sécurité Intérieur. Toutes les admissions de réfugiés ont été suspendues. Le FBI a établi une liste de 5.000 Musulmans.

Violations des Droits de l’Homme

Le FBI a arrêté et détenu sans limitation de durée 1.200 Musulmans en détention secrète, sans en avertir leurs familles ou leur donner accès à des avocats.

La plupart étaient soumis à des niveaux de violence variables : froid, privation de couvertures, lumières allumées en permanence, privation de sommeil, coups.

Seul un faible pourcentage d’entre eux a été accusé de terrorisme.

Déportations et arrestations massive

La déportation massive des étrangers arabes et musulmans de sexe masculin.

Le nombre d’immigrés sans-papiers arrêtés lors de raids sur le lieu de travail a augmenté de 7 fois entre 2002 et 2006.

Cette année-là, plus de 3.600 travailleurs ont été emmenés des abattoirs (leur lieu de travail) menottés.

Un journaliste a demandé : Pourquoi pas les patrons? Pourquoi ne pas faire un raid à Vale, Aspin ou Las Vegas, qui tous dépendent de travailleurs sans-papiers?

Le Patriot Act

Permet aux agents de l’état à utiliser la surveillance contre toujours plus de crimes terroristes. En pratique, cela signifie une surveillance massive de courriels, d’appels téléphoniques et de recherches sur Internet tels que ceux signalés par Edward Snowdon.

Permet aux agents fédéraux de fouiller sans un mandat de perquisition officiel.

Permet la détention indéfinie des immigrés.

Tribunaux d’immigration utilisés pour lutter contre le terrorisme

La responsabilité du gouvernement pour fournir des preuves dans les cas d’immigration est inférieure à celle des affaires pénales.

L’application de la loi n’exige pas le respect des droits de la vie privée, le droit de ne pas s’auto-incriminer, ni le procès en bonne et due forme et utilise des tribunaux d’immigration plutôt que criminels.

Droit de l’immigration de plus en plus utilisé dans les affaires de terrorisme.

Les immigrés légaux ont moins de droits constitutionnels, alors que les immigrés sans-papiers n’en ont aucun.

Des accusations de complot

Augmentation des pénalités pour les crimes «terroristes» tels que l’aide ou le soutien aux personnes ou organisations répertoriées comme terroristes, ou bien complot en vue d’aider le terrorisme.

Cette mesure a été particulièrement utilisée contre les Palestiniens, pour leur soutien d’organisations comme le Hamas ou d’autres organismes de bienfaisance supposés soutenir le terrorisme en Israël. Les Farc en Colombie ont également été désignées comme terroristes et des négociateurs de paix ont été accusés d’avoir aidé le terrorisme.

Certains membres du Congrès ont soutenu que ceux à bord des navires à Gaza devaient également être accusés.

Restitutions Extraordinaires

L’administration Bush a prétendu que les Conventions de Genève étaient archaïques, déclarant que les méthodes d’interrogatoire renforcées n’était de la torture que si la douleur était équivalente à la défaillance d’un organe provoquant la mort.

Engagée dans les restitutions extraordinaires, l’administration Bush arrêtait des personnes qui étaient sur des listes de surveillance, souvent totalement innocents, mais dont les noms étaient des homonymes de personnes recherchées, et les envoyait soit vers des états tels que la Syrie, l’Égypte et le Maroc pour y être torturés, soit à des « sites noirs » de la CIA en Europe de l’Est ou à Guantanamo.

Les Attaques contre les Lanceurs d’Alerte

Agents de la CIA qui ont dévoilé ces programmes ont été condamnés à de longues peines de prison.

John Kiriakou, le premier à briser le silence sur l’utilisation de la torture par la CIA est resté emprisonné pendant presque 3 ans.

Jeffrey Sterling, un agent noir, a été condamné à 5 ans de prison pour avoir parlé au New York Times.

Augmentation massive du nombre de morts à la frontière

Le nombre de décès d’immigrés a doublé

Dans l’année fiscale terminant le 29 septembre 2004, 460 immigrés sont morts en traversant la frontière USA-Mexique.

En 2005, plus de 500 sont morts sur toute la longueur de la frontière USA.-Mexique.

En 2009, 417 décès ont été signalés de l’autre côté de la frontière.

En 2013, il y en avait 445.

En 2015, le nombre est enfin tombé à 307.

Les Américains n’étaient pas plus en sécurité pour autant

Le terrorisme local a considérablement augmenté

Après le 11/09, parmi les 175 cas d’activité terroriste islamiste dirigés envers les USA, 50% concernaient des citoyens nés aux USA et 33% des citoyens US naturalisés.

Le Congrès a refusé de réglementer ou faire enregistrer la vente des armes à feu, y compris des armes d’assaut conçues pour la guerre.

« L’Ennemi Intérieur » Une aiguille dans une botte de foin

L’émergence du terrorisme local soulève deux questions :

Les autorités n’ont pas fait ce qu’il fallait pour limiter ou empêcher le processus de radicalisation.

La création d’une culture de la peur pour justifier le profilage racial et la discrimination, ce qui augmente le sentiment d’aliénation et de tendance à la radicalisation.

Musulmans Afro-Americains

Se sont plaints d’une surveillance accrue par rapport à d’autres Musulmans (72 à 54 % respectivement).

Sont deux fois plus susceptibles de dire qu’ils ont été choisis par la police ou physiquement menacés.

Sont plus susceptibles (9%) que les immigrés musulmans (3%) à exprimer leur soutien à Al-Qaïda et moins susceptibles (36 %) que les Musulmans immigrés (63 %) à exprimer des sentiments défavorables à Al-Qaïda.

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« Négocier avec l’Etat islamique n’est pas possible car ce sont des criminels »

Sawsan Salim, Directrice de "Kurdish & middle East Women Organisation", Membre de Worker-Communist Party of Kurdistan (WCPK)Retrouvez la contribution de Sawsan Salim, à l’occasion de notre séminaire sur “Les enjeux de la paix dans le monde aujourd’hui”, organisé par le Mouvement de la Paix en partenariat avec la CGT le 30 janvier 2016 en marge du Conseil national du Mouvement de la Paix.

« Je voudrais parler du point qui a été discuté juste avant à propos de négociation avec l’Etat islamique.

Bien que je sois pour la paix, je peux vous dire que négocier avec l’Etat islamique n’est pas possible car ce sont des criminels. Je vous assure qu’ils ne sont pas du tout à l’écoute et ne suivront aucun traité, aucun accord.

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Dans mon discours, je vais alors parler de l’émergence de l’Etat islamique en Irak et aussi, de la façon de les éliminer mais avant, je souhaiterais faire état de ce qui se passe en Irak, en Syrie et au Kurdistan.

En Irak : On estime qu’une centaine de personnes meurent chaque jour, des milliers d’Irakiens sont contraints et forcés de quitter leur domicile. La violence est incessante et les privations aussi : coupures d’électricité, manque d’eau et pénurie de carburant rendent la vie très difficile pour les Irakiens. C’est un réel retour aux années 90. Près de 1,6 million de personnes ont été déplacées, vivant dans des bâtiments abandonnés et soumis aux maladies comme la fièvre typhoïde et le choléra qui sont en nette augmentation.

Kurdistan, nord de l’Irak : J’y étais et je suis rentrée récemment. Le gouvernement n’a pas payé les salaires du peuple kurde pendant cinq mois. Chaque jour nous n’avons que 6 heures d’électricité sur 24. Un baril de pétrole coûte 150 dollars (comparé aux USA = 35 dollars). Le gouvernement kurde n’arrive plus à fourni de médicaments aux hôpitaux.

Syrie : 250.000 Syriens ont perdu la vie au cours des 4 dernières années et demi, plus de 11 millions ont du quitter leur maison par la force. Quatre millions de personnes vivent à l’extérieur de la Syrie, et 7,6 millions ont été déplacées à l’intérieur du pays. Quatre Syriens sur 5 vivent en dessous du seuil de pauvreté : la santé, l’éducation, les allocations sociales s’effondrent ; les crimes de guerre, viols, assassinats, tortures sont partout.

Et à présent, je souhaiterais vous parler de l’émergence de l’Etat islamique en Irak.

L’émergence de l’EI a été habilitée et renforcée par 3 faits :

1. Les Etats-Unis et ses alliés pendant l’occupation en Irak 2. La division sectaire du pouvoir politique en Irak après 2003 3. Les luttes régionales entre les forces islamiques sunnites et chiites qui ont été appelées par la suite « Le Printemps arabe »

L’émergence de l’EI a commencé après l’invasion de l’Irak en 2003. Des forces se sont constituées en un groupe islamique fanatique héritage d’Al-Qaida qui, au départ avait résisté aux forces de l’occupation américaine et au nouveau pouvoir politique chiite (islamique).

L’EI est considéré comme les restes du parti Bass que dirigeait Saddam Hussein et qui ont perdu leurs positions, des tribus sunnites qui ont perdu le pouvoir et l’accès à toute richesse.

Les autres, qui étaient hors de contrôle des américains, ont formé l’Etat islamique en Irak et Syrie, appelé localement : Daesh.

La milice de l’EI était capable, de 2003 à 2013, de contrôler certaines villes dans la partie ouest de l’Irak, comme Ramadi, Falloujah, Dyala et d’autres, qui étaient contrôlées la nuit par l’EI et le jour par le gouvernement.

Trois choses se sont produites entre 2011 et 2013, ce que l’on a appelé « Printemps arabe » :

Tout d’abord, ce qui a suivi le Printemps arabe, est qu’un Islam politique sunnite a été en mesure de prendre le pouvoir dans toutes les régions dites « Arabes » et notamment les Frères musulmans en Egypte, en Tunisie, en Libye etc. Ce qui a stimulé le moral des groupes sunnites irakiens pour prendre de la puissance.

Deuxièmement, les groupes islamistes sunnites en Irak ont pris en charge les demandes et besoins sociaux voire vitaux des personnes dans les régions de l’Ouest de l’Irak, personnes qui avaient pris la rue, dans l’espoir d’une vie meilleure tels que l’emploi, l’amélioration des services sociaux etc.

Le gouvernement d’Al-Malki a supprimé ces aides dans cette partie, ce qui les a mis en colère contre le gouvernement chiite.

Troisièmement, une fois que le soulèvement a commencé en Syrie, l’État islamique s’est déplacé vers la Syrie, ce qui leur a permis de mesurer l’espacedes frontières partagées entre la Syrie et l’Irak, pour entrer en Irak en Juin 2014.

Ainsi, le véritable conflit entre chiites et sunnites résulte de la course pour l’accès au pouvoir politique, et les ressources financières.

Quelle est la solution ? Comment éliminer Daesh et d’autres groupes islamistes en Irak, Moyen-Orient, ou en Europe pour sauver les populations privées de libertés ?

1. Faire pression sur les gouvernements occidentaux pour mettre fin à leur soutien aux gouvernements du Moyen-Orient qui soutiennent clairement l’EI comme la Turquie, l’Arabie saoudite et le Qatar.

  1. Soutenir les personnes qui se battent et qui résistent à l’EI comme les populations de Kobanê.
  2. Sanctionner toute sorte de soutien financier aux groupes islamiques : tarification des richesses naturelles, pétrole par exemple,qui sont l’épine dorsale et l’existence même de l’EI.

4. Soutenir les mouvements laïques de la région qui sont actuellement sous la pression des puissances dominantes. Soutenir ces militants qui luttent pour leurs libertés, pour le maintien des bibliothèques ouvertes par exemple, des militants qui sont en permanence menacés et jetés en prison.

  1. Enfin, il est essentiel d’améliorer l’intégration des réfugiés dans les sociétés européennes de sorte qu’ils ne soient par récupérés par des forces islamiques fanatiques et radicales.

Et merci énormément de m’avoir invité ce jour. »

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« Les écoles de Vukovar séparaient les enfants croates et serbes »

Shura Dumanic, Militante pacifiste, Responsable du Réseau des Femmes des Balkans pour la PaixRetrouvez la contribution de Shura Dumanic, à l’occasion de notre séminaire sur “Les enjeux de la paix dans le monde aujourd’hui”, organisé par le Mouvement de la Paix en partenariat avec la CGT le 30 janvier 2016 en marge du Conseil national du Mouvement de la Paix.

« Cher-es ami-es,

Je voudrais tout d’abord vous saluer et vous remercier pour le privilège d’être ici avec vous, d’échanger nos expériences et savoirs. Merci à Roland Nivet qui a proposé ma participation. Bien sûr, je suis très heureuse de voir ici tant d’amis pacifistes avec qui j’ai partagé des années et des années de travail en commun.

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Ma présentation est basée sur l’expérience de la guerre et de la terreur que nous avons connue il n’y a pas si longtemps en « ex-Yougoslavie ». C’était lors de cette période que nous nous sommes rencontrés comme pacifistes, vous de la France et nous en Croatie, Bosnie, Serbie ou Kosovo…

Parmi toutes les images de cauchemar de la guerre, je vais me concentrer sur une seule ville : Vukovar, où nous avons célébré il y a quelques jours l’anniversaire de l’établissement de la paix. Vukovar et toute la région autour est à la frontière avec la Serbie, et l’établissement de la paix entre la population était sous le contrôle des Nations unies.

Je me souviens lorsque la ville est tombée. Des ruines et des caves on a vu sortir les habitants de la ville, affamés, gelés, humiliés, et obligés par les forces armées de choisir un coté : le coté serbe ou le coté croate. Avant la guerre, jusqu’à ce moment, à Vukovar il y avait environ 30 nationalités. Il y avait beaucoup de mariages mixtes, l’Etat yougoslave était laïc, 80% des citoyens se déclaraient athées. En seulement 4-5 mois de guerre et de destructions, nous avons obtenu une nouvelle image de la ville avec la division de la population en deux parties, serbe et croate. Je trouve que ce fait est l’indicateur très important des conséquences de la guerre aussi que l’indicateur de la tendance du mouvement néoconservateur et rétrograde d’aujourd’hui : former deux côtés opposés, diviser, mettre constamment en conflit et maintenir et conserver le conflit. C’est la politique de guerre, c’est la rhétorique de guerre et la stratégie de guerre.

De cette façon, Vukovar en l’année 1991, est devenu le paradigme de ce qui se passera en Yougoslavie jusqu’en 1999, quand la guerre prend fin au Kosovo.

C’est à dire que Vukovar est devenu le paradigme de la transition d’un état social à un autre. D’un coup, la situation est complètement changée: en quelques années nous nous sommes réveillés dans une société avec la production détruite, les populations décimées, une société profondément religieuse. Par exemple, 90 % des Croates sont déclarés en tant que catholiques et influencent sur la politique de l’Etat. Les écoles de Vukovar séparent les enfants croates et serbes. Toute la société est profondément divisée et il n’y a aucun consensus sur quelque sujet que ce soit.

Mais certaines choses sont restées les mêmes: le plus important est le fait que les structures politiques sont sauvées. Il semble que la Yougoslavie se soit multipliée. A la place d’un pays nous en avons obtenu sept, et voila : les mêmes personnes au pouvoir (sauf en Bosnie ou les dirigeants socialistes ont été tuées ou ont quitté le pays). Presque tous les partis politiques ont été créés à partir de l’ancienne Ligue des communistes. Ils retiennent le pouvoir ! Nous avons obtenu « la démocratie » !

Nos politiciens ne savent pas comment résoudre les problèmes d’une société en développement. Ils s’occupent d’eux-mêmes, de savoir comment rester au pouvoir. Il y a une vieille thèse stipulant que l’État produit la violence, j’ajoute en degrés: pression – répression – terreur – guerre. Ou, pour reprendre la thèse anarchiste, mais aussi marxiste, l’État perpétue la violence, élargissant ainsi la violence dans toute la société, et se place comme le seul capable de sauver la société et donc obtient le statut quo.

Mais, nous sommes conscients que cette image de pouvoir dans la société d’aujourd’hui est très simplifiée. Aujourd’hui, chaque État est affecté par les processus de la globalisation, avec des acteurs inconnus, où des processus de prise de décisions réelles ne sont pas transparents.

Dans une telle situation il est très dangereux d’avoir l’illusion de la puissance nationale, la souveraineté, le progrès et surtout la sécurité.

Permettez-moi de terminer encore par l’exemple de la guerre en Yougoslavie. On a commencé avec la propagation d’idées contre les Albanais, puis ont été provoqués divers incidents où les agresseurs étaient des Albanais du Kosovo. Quelques années après a commencé le conflit armé entre Serbie et Croatie. En deux ans la guerre a touché la Bosnie, où pendant quatre ans ont été tués 200.000 mille habitants et 1 million ont du s’exiler. Les résultats des conflits sont incertains parce que les sociétés d’aujourd’hui sont très complexes.

Nous ne pouvons que conclure : aujourd’hui, il est difficile de contrôler la guerre. Ses résultats sont imprévisibles, les conflits tendent à se multiplier. Dans une telle situation en Europe, je fais partie de ceux qui soutiennent l’idée de dénazification de l’Europe afin de réduire les sources potentielles de conflit et de s’unir contre le mal qui se profile et que nous pouvons appeler : guerre permanente. »

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« Pour la CGT, seule la justice sociale est facteur de paix »

Eric Brune, Représentant de la CGT au Conseil supérieur de la réserve militaireRetrouvez la contribution d’Eric Brune, à l’occasion de notre séminaire sur “Les enjeux de la paix dans le monde aujourd’hui”, organisé par le Mouvement de la Paix en partenariat avec la CGT le 30 janvier 2016 en marge du Conseil national du Mouvement de la Paix.

On m’a demandé d’intervenir pour la CGT sur le thème «De quoi le terrorisme est-il le nom ?», alors que mon programme initial cet après-midi était de participer à la manifestation pour la sortie de l’état d’urgence et contre la réforme constitutionnelle, mais j’aurai l’occasion d’y revenir.

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C’est un honneur de parler au nom de la CGT en présence de personnalités d’une telle qualité, je ferai de mon mieux pour répondre à la question posée.

Pour la CGT, la réponse à cette question nous classe clairement parmi ceux que le premier ministre range comme ceux qui affaiblissent la nation. Car nous voulons comprendre, au-delà de l’émotion légitime, nous voulons identifier des causes, nous voulons nous en prendre à ces causes. Pour la CGT, il n’est pas question d’accepter les simplifications que l’on nous martèle depuis des mois, des années, le terrorisme c’est l’islamisme, et dire autre chose c’est être complice, par extension, le terrorisme c’est l’étranger, et combien même ce ne serait pas le cas, ça le deviendrait puisque le terroriste perdrait sa nationalité française.

En somme Le terrorisme n’aurait rien à voir avec la France, pays héritier des lumières et dont la devise Liberté, Egalité Fraternité prouve bien que chez nous tout va bien.

NOUS sommes les victimes ILS sont les bourreaux. La CGT n’y croit pas, n’y a jamais cru.

Au lendemain des attentats du 13 novembre, alors que la France avait réagi aux attentats de janvier en renforçant son appareil sécuritaire et en entrant dans le conflit Irakien, notre Comité confédéral National réagissait dés le 18 novembre, en exprimant son soutien et sa solidarité à l’ensemble des familles touchées, en saluant la mobilisation extraordinaire de l’ensemble des agents publics.

Mais déjà La CGT soulignait que ces attentats perpétrés sur des lieux de culture ou de vie frappaient toute la population sans distinction de nationalité, de croyance.

Notre CCN rappelait que la France malgré le nombre des victimes n’était pas seule victime du terrorisme.

La CGT entendait déjà monter les discours sécuritaires et belliqueux, la CGT rappelait que les guerres en Irak en Lybie, en Syrie ou ailleurs, à chaque fois menait au renforcement de l’instabilité, à l’appauvrissement des peuples.

La CGT reprenait la déclaration de l’OIT en 1944 qui affirmait que seule la justice sociale serait facteur de Paix. Car notre terrain privilégié est celui là, celui de la justice sociale.

La CGT réaffirmait ses valeurs de paix et de fraternité dans son combat pour le progrès social, la démocratie, la liberté, la laïcité, nécessaire au bien vivre ensemble.

La CGT demandait le renforcement de la sécurité ET des libertés des citoyens, demandait que la lutte contre la radicalisation passe par le respect des droits fondamentaux d’accès à l’éducation, à la culture, à la santé et à l’emploi. De tous les humains.

La CGT s’opposait à la réforme de la constitution et à l’instauration d’un état d’urgence permanent, je vous avais dit que j’y reviendrai.

Nous n’étions pas plus malin que les autres, mais après les attentats du mois de janvier 2015, nous avions regardé autour de nous dans nos entreprises, dans nos unions locales, ce que nous avions vu, nous permettait de mettre à distance les évènements de novembre.

Hélas nous n’avons guère été entendu, l’émotion seule avait droit de cité et loin de rassurer des populations inquiètes, on entretenait la peur, on créait chaque jour d’avantage l’amalgame entre étrangers, musulmans, terroristes.

Le terrorisme est massivement porté par des jeunes qui ont grandi chez nous, qui ne trouve ni place, ni projet qui les fasse rêver et qui rejoignent des causes habilement présentées qui se développent aux marges de nos guerres sur des sociétés ruinées.

Pour la CGT le terrorisme est une conséquence de l’humiliation des peuples, produit de l’inégale répartition des richesses et de l’action belliqueuse des gouvernements. Nous pensons que la sécurité des citoyens serait mieux assuré si l’on faisait plus d’effort pour la Paix et la justice sociale.

Nous savons bien qu’on n’explique pas le terrorisme seulement par l’inégalité et l’exclusion mais nous savons aussi qu’on ne peut les écarter de l’analyse.

Nous savons bien que le conflit Israélo-palestinien ou le contrôle de la production de pétrole n’expliquent pas le terrorisme, mais nous savons aussi qu’on ne peut les exclure.

Alors pour la CGT le terrorisme est clairement le nom d’un symptôme de la crise de notre société, il ne nous est pas extérieur, le terrorisme est le nom d’un de nos enfants monstrueux. »

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« On déstructure un être humain et on programme un monstre »

Avocate, Présidente Association Djazairouna des victimes du terrorismeCherifa Kheddar est présidente d’une association de victimes « Association Djazaïrouna des victimes du terrorisme ». A l’occasion de notre séminaire sur “Les enjeux de la paix dans le monde aujourd’hui”, organisé par le Mouvement de la Paix en partenariat avec la CGT le 30 janvier 2016 en marge du Conseil national du Mouvement de la Paix, elle nous a livré son expérience et sa vision de l’action contre le terrorisme aujourd’hui.

L’Algérie a fortement souffert du terrorisme au début des années 1990. Est-ce que vous l’aviez senti venir ou est-ce que cela vous est tombé dessus, d’un coup ?

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C’est arrivé très doucement, très lentement. C’est pour cela que beaucoup de gens ne l’ont pas vu venir. Des intellectuels ou des représentants de la société civile se sont rendus compte que quelque chose de malsain montait dans la société. Ils voyaient les petites filles revenir de l’école voilées alors qu’elles étaient parties sans le voile, leur petit garçon qui se mettait à faire la prière. Dans un premier temps rien d’inquiétant. Des gens qui se disaient « c’est des jeunes, c’est la nouvelle génération, ils voient l’islam comme cela ». C’est pour cela qu’on a reçu en pleine figure les actes terroristes en 1991. Beaucoup évoque l’arrêt du processus électoral, mais en réalité beaucoup d’actes contre les femmes non voilées ont eu lieu avant l’arrêt de ce processus. Une femme a vu sa maison brûlée car les islamistes du quartier avaient décidé que c’était une femme de mauvaises mœurs. Elle vit toujours, handicapée ; son bébé de deux ans est mort dans l’incendie. C’était en 1989, deux ans avant l’arrêt du processus électoral.

Comment en est-on arrivé là ?

Les terroristes ne tombent pas du ciel. En Algérie, ils ont été formés dans une école pro-islamistes. En 1963 lorsque les enseignants français ont quitté l’Algérie en masse, de nombreux enseignants les ont remplacés venant d’Egypte. Le gouvernement égyptien de l’époque s’est en fait débarrassé des Frères musulmans[1]. Ces gens ont fait un travail de formatage des esprits au sein de l’école algérienne. Et c’est comme cela que notre école algérienne a formé de petits islamistes. Au départ, ce n’était pas des terroristes. Mais une fois qu’on a formaté quelqu’un, c’est facile de lui faire faire quelque chose de bien précis. C’est comme presser sur un bouton. Au fil du temps cet élève inoffensif est devenu une arme de guerre. Au départ, tous pensent que leur engagement est religieux. Leurs parents également peuvent le penser. Après un travail professionnel la personne est déstructurée par ces groupes islamistes spécialisés. On déstructure un être humain et on programme un monstre.

Vous semblez faire une différence entre extrémisme et terrorisme, et même fondamentalisme ?

Le terrorisme ne peut pas exister sans l’extrémisme. Et lorsqu’on lutte contre le produit au lieu de lutter contre la machine qui fait le produit, cela sert à quoi puisque la machine est toujours là à travailler pour fabriquer d’autres produits. On peut mettre le produit fini en prison, il y a un autre qui prend sa place. L’extrémisme c’est la machine, c’est la production. Le terrorisme c’est le fruit de cette production, c’est le produit fini. Le terroriste est là dans la société. C’est quelqu’un qui ne fait de mal à personne. C’est lorsqu’on aura besoin de lui qu’il va agir. Ce sont des individus comme vous et moi qui mangent, vivent, vont danser, boivent du vin ; mais le jour où on leur dit qu’ils ont une mission officielle pour laquelle ils ont été formés depuis des années, là ils ne refusent pas. Ils s’exécutent parce que tout a été fait pour que ces personnes ne puissent pas refuser cette mission. Quand la personne est formatée, on la dessaisit de son humanité. C’est comme si on mettait une puce qui agit le jour où nous voulons qu’elle agisse.

Comment se prémunir d’une telle réalité ?

Pour agir et lutter contre l’extrémisme, il faut mettre en place une stratégie. D’abord, reconnaissons qu’il y a un projet extrémiste. Il faut le démonter. Il y a des gens qui savent le faire. C’est à ces gens-là qu’on doit donner les moyens de s’exprimer, les moyens financiers, les moyens matériels. Qu’ils soient invités dans les médias par exemple. Les extrémistes sont des gens organisés, financés. Ils ont une très bonne logistique. Ils savent à qui ils parlent, comment ils doivent parler. Ils peuvent toucher des scientifiques, des analphabètes, des gens de n’importe quelle religion, de n’importe quelle situation familiale ou personnelle. Ils ont leur vedette médiatique bon chic bon genre. Dans les années 1980, on recevait des cassettes en Algérie. Elles montraient des moudjahidines en Afghanistan. On pouvait y voir un combattant (islamiste algérien) bravant Satan (la Russie). Lorsque cette personne mourrait, il y avait une odeur de paradis qui sortait de son corps. Tout le monte était en train de sentir le paradis, émerveillé. Ces cassettes en anglais arrivaient des USA. Aujourd’hui ce sont les vidéos de DAESH qui étonnent le monde entier. N’importe qui ne peut pas monter une vidéo aussi captivante. Il faut des complicités. Pour moi, la réalité de la fin des années 1980 et celle de maintenant, c’est la même chose. L’espace géographique a simplement changé ; de l’Algérie, on est passé au Maroc, en Lybie, en Irak, en Tunisie.

Comment agir ?

Une amie du MRAP de Marseille me faisait part, il y a déjà plus de 10 ans de cela, qu’elle avait découvert que dans certains endroits de la ville, des personnes étaient payées à la tête voilée. Un barème était mis en place en fonction de l’âge de la personne, une enfant ou une jeune fille rapportant plus qu’une femme. Mais qui organise de tels trafics ? Ne croyez-vous pas que c’est par là que l’État français devrait chercher ? Nous on sait que cet argent vient des pays du Golfe. Il vient sous le prétexte d’organisations caritatives. Pourquoi ne pas contrôler la manière dont cet argent est redistribué. Lorsque des populations sont en difficultés, s’il faut voiler sa fille pour avoir de l’aide, pourquoi ne pas voiler sa fille ? C’est cela le raisonnement. Mais c’est le premier pas d’un engrenage.

Vous avez une idée de comment fonctionnent ces organisations ?

Les organisations terroristes sont à la fois des organisations de type sectes et de type fascistes. Elles sont très bien rôdées. Elles fonctionnent avec des étapes. Au départ, on assiste juste à des prêches. Dans un second temps, des gens viennent vous aider avec de l’argent « Hallal » qui vient d’Arabie saoudite. Tout cela semble inoffensif, puis on demande de voiler sa sœur. Où est le problème si en plus on donne de l’argent pour le faire. Et si on demande de terroriser la fille du voisin qui refuse de porter le voile, on va lui parler gentiment, mais si elle ne comprend pas, on va le terroriser. Il y a des filles qui sont violés parce qu’elles refusent d’écouter les jeunes qui sont en train d’être islamisés.

Il y a débat dans le mouvement pacifiste en France, à savoir est-ce qu’on peut parler avec ces gens-là ? Est-il possible de les faire revenir à la raison ou est-ce que le seul remède possible est de les éliminer ?

Bien sûr qu’on peut parler. Des spécialistes comme des psychologues, des sociologues disent qu’on peut absolument faire un travail de marche arrière, même avec des terroristes. Mais n’importe qui ne peut pas faire ce travail ; il travail doit être réalisé par des professionnels. Par exemple, il ne faut pas que les parents attaquent leurs enfants. Quand les parents se rendent compte que les enfants deviennent agressifs, il ne faut pas dire leur qu’ils se trompent, ou que ses amis ou son professeur se trompent. Il faut aller vers des professionnels qui travaillent sur la déradicalisation. C’est un programme qui existe. Il y en a un au niveau de l’Union européenne. Ils travaillent avec des islamologues pour savoir comment parler. Rien de sert de dire que le terrorisme ce n’est pas bien, que lorsque tu attaques un non musulman ou une femme ce n’est pas bien. Si un enfant se réfère à un livre, il faut lui proposer de lire le livre ensemble par exemple. C’est cela que les psychologues conseillent. Ce sont des spécialistes qui doivent faire ce travail, conseiller les parents ou les associations de quartiers. Les parents doivent être aider car beaucoup n’osent pas parler de leurs enfants. Ils ont peur que la police les arrête.

Personne n’est jamais définitivement perdu ?

Personne n’est jamais définitivement perdu, il y a des terroristes en Algérie qui sont partis dans le maquis, qui ont tué ou qui ont violé, et un jour ils se sont rendus. Ils ont dit « nous nous sommes rendus compte que nous nous trompions. ». « Au début on nous demande des petites choses et on pense que c’est normal. Puis on grimpe petit à petit les échelons. Et c’est lorsque que nous sommes en haut de l’échelle qu’on voit qu’il y a une erreur quelque part ». Certains s’en rendent compte eux-mêmes, d’autres continuent.

Vous avez fait cette expérience de renoncement au terrorisme ?

On a eu des repentis en Algérie. Je ne parle de ceux qui ont signé des accords avec l’armée algérienne. Je parle des vrais repentis qui ont témoigné à la télévision. Même certains de leurs idéologues sont venus témoigner. Il y a un idéologue qui était dans le maquis, et qui a cru au départ qu’on voulait mettre en place un état islamique. Tout le monde a été troublé par son témoignage à la télévision. On s’est demandé comment quelqu’un qui se présente comme un imam sérieux a pu être enrôlé ? Une fois dans le maquis, Il s’est rendu compte que cela n’allait pas. Egorger, égorger, c’est tout ce qu’on lui demandait de faire. Et il a dit non. L’islam ce n’est pas égorger, égorger, égorger, …

Entretien réalisé par Pierre Villard pour Planète Paix n°610 de mars 2016

Interview vidéo : https://www.facebook.com/mouvementdelapaix/videos

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« Il est temps de stopper cette course au précipice »

André Tosel, Professeur émérite de philosophie à l'Université Sophia-Antipolis (Nice)Retrouvez la contribution du philosophe André Tosel, auteur de “Nous citoyens, laïques et fraternels ?” (Éditions Kimé, 2015), malgré son intérêt pour notre séminaire n’a pas pu je joindre à notre séminaire sur “Les enjeux de la paix dans le monde aujourd’hui”, organisé par le Mouvement de la Paix en partenariat avec la CGT le 30 janvier 2016 en marge du Conseil national du Mouvement de la Paix.

« L’attaque sanguinaire menée en France (le 13 novembre, NDLR) appelle la compassion humaine pour les victimes. Elle exige que soient prises les mesures de sécurité pour la vie des personnes et le fonctionnement normal des services et des institutions.

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S’il est dangereux et erroné de parler de troisième guerre mondiale, il reste à penser la multiplicité des états de guerre et de leurs causes ainsi que le rapport qui unit la violence géopolitique des États libéraux dits civilisés, celle des groupes qui font de la politique sous diction théologico-politique fanatique, à la violence anthropologique qui cancérise partout les rapports humains. Cette violence produit des phénomènes de déshumanisation individuelle et collective et empêche la coexistence. Le deuil est nécessaire, mais, comme le dit Spinoza, et c’est difficile à vivre aujourd’hui, il ne s’agit ni de pleurer ni de rire, mais de comprendre pour donner une chance à la puissance d’agir en commun de communautés en paix, en rendant vivable et supportable l’existence de chacun(e).

Qu’attendre d’une politique de guerre – comme celle de la France républicaine de l’union sacrée entre Hollande, Sarkozy et Le Pen – contre l’« État islamique », si elle implique le maintien d’alliances avec des États comme le Qatar, la Turquie et l’Arabie saoudite qui jouent la carte de Daech ? Qu’attendre d’une alliance militaire qui ne se fonde pas sur la restauration du droit international et sur un mandat de l’ONU, l’un comme l’autre mis à mal par la folle politique états-unienne – qui a détruit des États comme l’Irak, la Libye, la Syrie, le Liban, qui a cautionné une violence désormais cinquantenaire exercée par Israël contre le peuple palestinien ? Qu’attendre d’une guerre sans perspective de reconstruction des communautés et sans un traitement des immenses questions sociales ? Que fera l’Union européenne ? Quelles perspectives pour les États et les peuples du Moyen-Orient dans le cadre de guerres civiles, nationales ?

Comment ne pas être sidéré et inquiété par la précipitation de l’histoire de la mondialité qui entre dans une période où même les structures acquises de la civilisation vacillent et où s’éloigne la perspective des émancipations nécessaires ?

Nous en sommes à une troisième étape dans ce qui pourrait être une course à un précipice sans retour : l’état de guerre civile que veut imposer la terreur pratiquée par les partisans de l’« État islamique ». Elle fait suite à la vague de réfugiés sans précédent venant se déverser au sein de l’Union européenne pour fuir la guerre féroce qui oppose au Moyen-Orient des États en lutte pour une hégémonie sous-impériale. On se souvient aussi de la leçon brutale de maintien quasi dictatoriale de l’ordre économique néolibéral infligée à la Grèce, au mépris de la souveraineté populaire légitime et légalement exprimée. Une violence à plusieurs faces s’exprime sans que les États européens soient capables d’affronter ce qui est en grande partie le résultat de leur politique et de surmonter les racismes que cette politique a engendrés depuis la fin des années 1980. S’élargit une désassimilation des populations abandonnées par la crise entretenue de l’école et des services publics et sociaux. Sur fond d’opposition larvée entre majorités nationales « de souche » et minorités immigrées, les États européens s’opposent dans la gestion concurrentielle de leur force de travail et participent pour en tirer profit, dans le suivisme total, à la politique états-unienne de domination postcoloniale et post-impérialiste. Jusqu’à quelle catastrophe se poursuivra cette spirale descendante ?

Allons-nous suivre cette logique du pire dans un interrègne obscur et hyper-violent ?

Une chose est sûre : nous avançons vers le précipice si est maintenu le couple infernal que constituent la poursuite européenne de la politique néolibérale et l’engagement d’une guerre sans perspective d’une paix durable, socialement émancipatrice et culturellement animée non seulement par l’égale liberté mais aussi par une fraternité agissante. Les risques d’une solution purement militaire sont évidents si perdure le régime d’état de siège dans un climat d’exaltation de l’unanimisme.

Cela rendrait un mauvais service à une République qui doit être refondée. Nous serions très vite confrontés à une limitation des libertés publiques par un Patriot Act prolongé et la poursuite de la dé-démocratisation bien entamée par l’hégémonie culturelle du FN dans le sens commun ; la stigmatisation des populations arabes et africaines ; sans oublier la criminalisation de toute opposition à finalité émancipatrice et la poursuite d’une économie néolibérale hostile au droit social et à l’égalité réelle, avec détournement des moyens financiers au profit de l’effort de guerre.

Dans ce contexte, le risque de guerre civile ne doit pas être sous-estimé. Le processus qui conduit de jeunes Français à partir en Syrie et à s’organiser en réseaux violents témoigne d’une haine de la société actuelle, vécue comme seule défense. « Je refuse et je détruis ce qui me refuse existentiellement et me détruit socialement », et plus rien, rien ne fait raison, que la négation nihiliste du nihilisme d’un mode d’accumulation privative infinie et insensée. L’autodestruction et la déshumanisation actives sont assumées comme sacrifice d’une cause fantasmée, réceptacle de toutes les frustrations. Il est temps de stopper cette course au précipice.

Il faut assécher cette inversion du désir de vie en désir de mort, produire ou plutôt restaurer des raisons de vivre et de bien vivre en commun sans la médiation d’une communauté de mort, sans la jouissance in-humanisante que cette communauté sans cause procure. La politique de l’islamisme fantasmé – qui connaît l’islam chez les militants meurtriers de Daech et quel islam ? – est bien une impolitique perverse. La guerre ne tiendra pas lieu d’une politique de fraternité. Nous n’avons pas à donner de leçons, nous les Européens, nous qui avons conduit des guerres mondiales, des massacres coloniaux et supporté des génocides. Mais nous pouvons rêver d’un Spinoza musulman et nourrir une activité interculturelle avec tous les intéressés auxquels revient le dernier mot en la matière. »

TEXTE ISSU D’UN ENTRETIEN RÉALISÉ PAR PIERRE CHAILLAN LE VENDREDI, 20 NOVEMBRE, 2015 DANS L’HUMANITÉ (Photo: Albert Facelly)

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«Écrire un Livre blanc de la paix qu’il s’agira de faire partager par les élus de la Nation»

MichelThouzeauRetrouvez la contribution de Michel Thouzeau, à l’occasion de notre séminaire sur “Les enjeux de la paix dans le monde aujourd’hui”, organisé par le Mouvement de la Paix en partenariat avec la CGT le 30 janvier 2016 en marge du Conseil national du Mouvement de la Paix.

Michel Thouzeau commence par lire l’extrait d’une déclaration « Nous reconnaissons que la paix est une valeur suprême de convivialité universelle. Par conséquent, nous réaffirmons la Proclamation de la Communauté d’État Latino-Américains et Caraïbes (CELAC) comme Zone de Paix…

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et notre engagement permanent dans le désarmement nucléaire et la proscription des armes de destruction massive au niveau mondial, la résolution pacifique des différends afin de bannir pour toujours l’usage et la menace de l’usage de la force de notre région et de n’importe lequel de ses pays. »

Malheureusement CELAC n’est pas l’Europe, mais c’est une zone qui existe : c’est l’Amérique Latine et les Caraïbes et cette déclaration a été faite au IIIème sommet des chefs d’État et de Gouvernement de la Communauté des Etats Latino-américains et Caribéens les 28 et 29 janvier 2015 à Belen du Costa Rica.

Comment construire la Paix et arracher une déclaration d’une telle portée pour l’Europe ?

La résolution des Nations Unies A/RES/53/243 définit le « programme d’action sur une Culture de la Paix » et énonce huit domaines essentiels avec un ensemble détaillé de mesures indispensables à la construction d’un monde de paix.

Pendant la décennie 2001-2010 appelée « décennie de la culture de la Paix et de la non violence », de nombreuses avancées ont eu lieu, notamment grâce à la mobilisation de la société civile, partout dans le monde ; la proclamation de la CELAC en est une.

En France aussi un gros travail a été entrepris, mais force est de constater que la politique menée, dans les faits, s’éloigne beaucoup d’une politique de paix et que celle-ci reste à définir et à développer.

Cela nécessite une intervention citoyenne massive et un engagement d’un grand nombre d’associations, d’ONG, de syndicats, de personnalités pour écrire un Livre blanc de la paix qui sera la base d’une telle politique qu’il s’agira de faire partager par les élus de la Nation.

Nombreux sont ceux qui agissent pour renforcer une culture de paix par l’éducation, pour un développement économique et social durable, pour promouvoir le respect de tous les droits de l’homme, pour assurer l’égalité entre les hommes et les femmes, pour favoriser la participation démocratique, faire progresser la compréhension, la tolérance et la solidarité, soutenir la communication participative et la libre circulation de l’information et des connaissances, promouvoir la paix et la sécurité internationale.

S’appuyant sur ses travaux récents (congrès de Toulouse, forum de 2012 de Brest) le Mouvement de la Paix a lancé le collectif CEMJPAIX « Construire Ensemble un Monde de Justice sociale et de PAIX » dont l’objectif est d’unir tous ceux qui s’investissent dans les huit domaines cités pour, à partir d’une analyse du monde contemporain et des conséquences néfastes des orientations actuelles, énoncer les grandes lignes de la politique de paix que nous voulons pour notre pays, une politique crédible et audacieuse qui mettra fin aux dépenses militaires démesurées, aux bombardements meurtriers, à l’obstination de notre pays à garder et « moderniser » l’arme atomique, au soutien à des régimes rétrogrades, une politique trop influencée par le complexe militaro-industriel.

Dans l’intérêt de notre sécurité et pour l’avenir de l’humanité il n’y a pas d’alternative. Le potentiel humain pour avancer existe, les associations, les ONG, les syndicats, les personnalités, tous ensembles écrivons le Livre blanc de la paix pour participer avec les autres peuples à la construction d’un monde de fraternité, de justice sociale et de paix.

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Le point de vue de Peter Le Mare, délégué du CND (Campaign for Nuclear Disarmament) Grande Bretagne

Peter_LeMare« Que je vous dise d’abord qu’il ne s’agit pas uniquement d’un problème français, mais bien d’un problème planétaire. La politique étrangère de la France suit de très près celle des grandes puissances, en particulier « occidentales ». Il ne fait pas de doute que l’ « ouest » fait la promotion d’un capitalisme global qui nous met tous sous la coupe de conglomérats et de banquiers internationaux. Pour nous tous, c’est une prison. Cela crée et cela amplifie les dissensions, en nous montant les uns contre les autres : la vieille règle du « diviser pour régner ». Prenons par exemple la crise des réfugiés : c’est une situation de guerre à laquelle seule la solidarité basée sur le concept de Race Humaine peut apporter une réponse : Construire une véritable Culture de Paix.

Contribution de Peter Le Mare au CN de janvier (pdf)

Bombarder, ou même combattre l’Etat Islamique ou les Talibans n’apporte aucun résultat positif en fin de compte : Même si nous les « battons », cela ne fera qu’accroitre le nombre des groupes fondamentalistes et radicaux. Il nous faut reconnaitre que notre ennemi commun est le Capitalisme International qui, pour nous diviser, n’arrête pas de nous mentir par le biais des médias et des politiques. Même si l’idée même peut paraître extrêmement désagréable, nous avons davantage en commun avec les prétendus « terroristes » qu’avec nos dirigeants. Le terroriste recherche sincèrement une situation meilleure, même au péril de sa vie. Si nous parvenons à créer une culture de paix et de solidarité avec le peuple, ces groupes finiront par disparaître. Naturellement, il faut d’abord arrêter le (commerce) des armes. C’est un commerce très rémunérateur. Quelle que soit la cause de sa folie, un psychopathe sans arme n’est rien de plus qu’un psychopathe. Pour en venir à la construction de la paix au Royaume Uni (j’ai imprimé une vingtaine de copies d’un texte en traduction Google que j’ai écrit sur Jeremy Corbyn pour le Mouvement de la Paix – on peut peut-être en tirer davantage) En quelques mots : Jeremy Corbyn a été élu par une vaste majorité et par davantage de votants qu’aucun chef de parti ne l’a jamais été. On dit qu’il est de gauche. C’est un social démocrate mettant l’accent sur le « social ». Je connais bien Jérémy depuis 20 ans. Je l’ai toujours considéré comme un homme raisonnable et honnête. Je veux dire par là qu’il fait preuve de bon sens et de droiture en politique. Contrairement à d’autres politiciens je ne crois pas qu’il sera corrompu par le pouvoir. C’est le seul leader à pouvoir être élu au sein du parti travailliste. Il est violemment attaqué par la presse. Mais je crois que le public n’est pas dupe de ces mensonges de ces médisances, et qu’il le reconnaît comme un homme droit et honnête qui propose une vraie alternative. Il est anti-austérité et toute sa vie il a fait campagne pour le désarmement nucléaire. En coalition avec le Parti National Ecossais, il est tout à fait possible que nous réussissions à stopper le renouvellement de Trident – actuellement £183 milliards- et à parvenir à un véritable désarmement nucléaire. Il faut que vous, ici, lui montriez votre solidarité, ce qui aurait des répercutions énormes dans le monde entier. Je vous transmets aussi les salutations du Pays de Galles et de l’Ecosse. Merci. Thanks a lot. »

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