Après 20 heures de voyage, chaleureusement accueillie par les pacifistes japonais du Gensuikyo,
la délégation du Mouvement de la Paix s'est retrouvée début août au grand complet pour les commémorations des 60 ans des bombardements sur Hiroshima et Nagasaki.
130 messagers de la Paix dont 75 jeunes représentaient l'ensemble des régions de France.
Les délégués ont pu pendant 12 jours s'imprégner de la culture japonaise lors des visites à Kyoto, à Hiroshima, sur l'île de Myajima et à Nagasaki. Ils ont vécu des moments forts comme la visite du Musée de la Paix, les rencontres avec les Hibakushas et les mouvements pacifistes internationaux. Certains hébergés dans des familles ont crée des liens d'amitié supplémentaires. Les délégués ont participé à la conférence mondiale contre les bombes A et H et à la rencontre internationale des jeunes. Un programme chargé d'émotions qui renforce leurs convictions à éliminer les armes nucléaires.
Ouverture de la Conférence Mondiale
“Un moment inoubliable”
La salle était impressionnante et le nombre de personnes présentes aussi, dix mille peut-être. Tous les Français du Mouvement de la Paix sont montés sur scène pendant la présentation des intervenants (130 personnes sur scène, pas mal !). Ces intervenants sont des responsables pacifiques de différents pays du monde (France, Etats-Unis, Grande Bretagne, Philippines). Pendant leurs discours, ils(elles) expliquaient leur motivation. Ce qui m'a le plus impressionné, c'est quand mon père est intervenu. J'ai eu l'impression, dans sa voix et ses gestes, qu'il voulait inciter toutes les personnes à faire leur possible pour que notre souhait, l'abolition des armes nucléaires, soit réalisé. Le fait le plus marquant s'est produit vers la fin quand nous avons défilé dans la salle avec la banderole “Une main pour la paix” de 80 mètres de long, tous les Japonais voulaient nous serrer la main, nous prendre en photo… Un moment inoubliable !
Clément Villard
Musées de la paix
8h15 quand on a tué l'humanité
A Hiroshima, notre émotion a atteint son maximum quand nous sommes passés devant la vitrine qui expose une montre qui s'est arrêtée à l'heure tragique : 8h15, quand on a tué l'humanité, quand la ville s'est arrêtée de vivre. Une photo agrandie d'une pendule prolonge notre cri de révolte. Plus que jamais nous sommes mobilisés à fond pour ne pas vivre un deuxième holocauste nucléaire et pour un désarmement immédiat, général et complet. Pour que notre génération soit la génération qui abolisse définitivement les armes nucléaires sur toute la planète !
A Nagasaki, le musée est plus récent et fait un véritable travail pédagogique pour expliquer les effets et les conséquences de l'explosion atomique. La partie consacrée aux effets de la bombe nous a le plus marquée. Grâce à des photos, des objets témoins et des panneaux explicatifs, nous avons découvert les dégâts causés à la fois par la chaleur, le souffle et les radiations. Au centre de la salle principale, un montage vidéo permet de se rendre compte de la vitesse à laquelle les différents effets se sont propagés. Cette dernière visite nous donne vraiment l'impression d'être en capacité de transmettre ce que nous venons d'apprendre.
Clotilde Baudoult et Aurélien Amsellem
Marche de la paix
Notre idéal de paix, heiwa
Nous avons participé à une des marches de la paix qui convergent toutes à Hiroshima pour lutter en faveur du désarmement nucléaire. Nous avons assisté à l'arrivée des marcheurs partis il y a trois mois de Tokyo. Nous étions 300, 500 ou 1000 mais peu importe le nombre je crois. A peine arrivée au Japon, la moitié de notre délégation se joignait aux Japonais, pour qu'unis, nous soyons plus forts pour promouvoir la paix dans le monde. Aux sons de “nous voulons la paix”, “heiwa”, “we want a better world” et de quelques classiques français et nippons, nous avons arpenté les rues pour faire en sorte que les 6 et 9 août 1945 ne se reproduisent plus jamais sur notre belle planète.
Comment décrire cette journée? Je dirai simplement qu'elle fut pleine d'émotions car nous avons réalisé ce jour-là que notre idéal de paix était partagé par nos amis nippons et qu'un nouveau monde était possible si notre détermination ne faillissait pas.
Lionel de Castro
Dessins d'Hibakusha
La violence du silence
Au milieu des autres, mon œil s'accroche sur un petit dessin. Dans le rouge d'un feu ravageur, des silhouettes se devinent doucement. Ce ne sont que des formes, des quantités de formes. Des corps debout, d'autres étendus, leur chute semble encore imprimée sur le papier comme sur ma rétine. D'un coup, il m'est impossible de savoir si les masses au sol sont toujours en vie ou si celles debout sont déjà mortes. D'un coup, il me semble qu'un silence lourd les coupe du monde. La chaleur du feu, l'attraction du sol, le choc des corps, les cris des anonymes semblent en sourdine, étouffés. Une partie de l'humanité s'effondre en silence sous mes yeux impuissants. A ce moment-là, l'atrocité de la scène surgit et je comprends la violence du silence.
Claire Rosset
* En 1974, il fut demandé aux victimes des 2 bombardements d'expliquer, sous forme picturale, le ressenti personnel conservé à l'intérieur d'elles-mêmes de cette tragédie. Des milliers de dessins arrivèrent ainsi au Musée.
6 août : commémoration à Hiroshima
Volonté de paix et d'amour entre les peuples La délégation française a sa place réservée sur cette immense esplanade où des milliers de chaises sont alignées. La précision légendaire japonaise a quelque difficulté face à une foule immense venue commémorer dans le respect et la dignité un événement qui, depuis 60 ans, a supprimé 240 000 vies et continue à en supprimer. Commémoration émouvante dans le recueillement jusqu'à la libération de centaines de colombes, témoignage d'une volonté de paix et d'amour entre les peuples. Nous déposons nos fleurs au cénotaphe.
Visite de l'île de Myajima
L'après-midi est consacré à la visite de l'île de Myajima où le calme et la quiétude de cet endroit font parler notre imagination. On peut aisément se retrouver quelques siècles en arrière, là où tout semblait nous faire croire que la vie pouvait couler comme un long fleuve tranquille.
Dépôt des lanternes
L'émotion est à son comble lorsque le soir, le long des rives du fleuve de Hiroshima, des milliers de Japonais sont venus déposer des lanternes flottantes représentant peut-être des milliers d'âmes disparues et allant tout doucement sur les eaux du fleuve au gré de la marée.
Gilles Lucas
Succès d'un PARI FOU
Les jeunes prennent leur place
Au terme de sa présence au Japon, la délégation du Mouvement de la Paix a pleinement rempli son rôle.
La participation des 75 jeunes aux commémorations est une véritable réussite. Ce qu'ils ont appris, entendu, vu, discuté ensemble a dépassé leurs attentes. Ils ne pensaient pas être accueillis avec autant d'enthousiasme par la population japonaise et les délégués étrangers. Ils se rendent compte, par l'impact produit par leur présence et leurs interventions, que leur place est essentielle dans l'action pour le désarmement nucléaire. Les paroles de Sophie et François, ou encore d'Aïcha, Yvan, Dieudonné, Charbel et Nadjat, devant des milliers de personnes, sont venues renforcer ce sentiment.
Tous rentrent avec l'ambition de voir le désarmement nucléaire comme une proche réalité, et ainsi s'engagent à mener des actions dans ce sens.
François Gagnaire |