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Accueil > Outils > Planète Paix > Archives > Sommaire n °505> Développement : les Nations Unies rachèteront-elles le G8 ?
 
 
 
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    Développement : les Nations Unies rachèteront-elles le G8 ?  
       
   

Lors du Sommet du Millénaire en 2000, les chefs d'Etat du monde entier se sont engagés à atteindre huit objectifs du Millénaire pour le développement (OMD), visant notamment, d'ici 2015, à diminuer de moitié la faim et la misère dans le monde, à réduire des deux tiers la mortalité infantile et à endiguer l'expansion du sida.

Les OMD ne sont pas satisfaisants : ils ont été définis depuis New York, sans les premiers concernés – les populations pauvres ; ils ne remettent guère en cause les facteurs structurels d'appauvrissement ni les inégalités et la perspective de laisser de côté la moitié des pauvres d'ici 2015 est inacceptable. Mais précisément, ces objectifs ont été chiffrés parce que les nations, ensemble, ont estimé qu'elles pouvaient les atteindre et que les solutions étaient connues. A travers l'objectif 8, instituant un « partenariat mondial pour le développement », les pays riches ont reconnu qu'ils avaient un rôle majeur à jouer.

Cinq ans après, les Nations Unies, qui se réunissent du 14 au 16 septembre pour le Sommet du Millénaire + 5, vont tirer un bilan inquiétant. Au rythme actuel, l'Afrique n'atteindra pas l'objectif de réduction de la mortalité infantile avant 2165. Concernant la faim (OMD n°1), l'Afrique est même en régression. Sans un sursaut décisif dès 2005, la communauté internationale aura fait la preuve de son incapacité à tenir ses engagements même les plus limités.

Septembre 2005 : le sommet du sursaut ?

Le rapport préparatoire Dans une liberté plus grande de Kofi Annan, qui insiste à juste titre sur le lien intrinsèque entre développement et paix, met aussi l'accent sur le besoin de cohérence des politiques publiques en faveur du développement. Le respect des droits fondamentaux doit devenir le critère central, non seulement des politiques de « coopération au développement », mais aussi et surtout de l'ensemble des politiques publiques des pays du Nord et du Sud. Il est temps, en particulier, que les premiers cessent de reprendre d'une main ce qu'ils disent donner de l'autre. Et qu'ils abandonnent leur prétention à gouverner, seuls, la planète.

Le Sommet des Nations Unies saura-t-il relever le défi ? Rien n'est moins sûr, car à la lumière du récent G8 de Gleneagles (Ecosse), les pays riches ne semblent guère enclins à accorder de telles avancées. Pour le CCFD, mobilisé avec des dizaines de syndicats et d'associations françaises dans la coalition « 2005 : plus d'excuses ! », la communauté internationale joue sa crédibilité sur les cinq axes suivants.

  • Abolir la dette des pays du Sud

Les mesures d'annulation annoncées mi-juin pour 18 pays très pauvres sont très insuffisantes : elles ne portent que sur la dette due au FMI, à la Banque mondiale et à la Banque africaine de développement, se feront en partie e n déduction de l'aide allouée à ces pays, elles risquent de rester conditionnées à la tutelle drastique du FMI… et ne représentent que 2 % de la dette totale des pays du Sud (selon nous, plus de 60 pays n'ont aucune chance d'atteindre les OMD sans une annulation totale). Au-delà de l'annulation, une solution durable ne pourra passer que par la mise à nu des mécanismes et des responsabilités qui ont permis cet endettement et par l'élaboration d'un droit international de la dette.

  • Plus et mieux d'aide pour le développement

Il y a 35 ans que les pays riches se sont engagés à consacrer 0,7% de leur richesse à l'aide publique au développement. L'augmentation de 50 milliards de dollars par an, promise par le G8, le fera atteindre péniblement 0,36 %… en 2010 ! Sa pingrerie est criminelle, lorsqu'on sait qu'il suffirait d'un dollar par semaine et par habitant pour éviter la mort avant l'âge de 5 ans de 230 millions d'enfants faute de soins et d'une alimentation décente. Reste aussi à garantir que cet argent servira réellement aux plus pauvres. Or, les pays riches savent à la fois faire preuve d'une imagination débridée pour gonfler les chiffres de leur aide (coût des réfugiés et étudiants étrangers en France, frais d'expertise, TV5, RFI…), et utiliser l'aide pour défendre leurs intérêts politiques et économiques. L'affirmation, par le G8, que les pays pauvres doivent «  décider eux-mêmes de leurs stratégies économiques  » marquera-t-elle une rupture avec l'ajustement structurel ? L'injonction «  d'améliorer le climat de l'investissement  » en Afrique, qui masque souvent l'imposition du dogme néolibéral, semble prouver le contraire. Enfin, osons croire qu'en septembre, la communauté internationale posera la première pierre d'une fiscalité internationale, par une taxe sur les transactions financières ou le transport aérien.

  • Réguler le commerce au service des plus pauvres

Ni Bush, qui avouait récemment ne pas envisager d'aider les pays qui n'auraient pas ouvert complètement leurs marchés, ni l'Union européenne, pour laquelle «  la libéralisation du commerce devrait être le moyen pour réduire la pauvreté  », ne semblent mesurer les conséquences sociales et politiques dramatiques qu'a eues la libéralisation des pays pauvres. A Gleneagles, le G8 ne s'est guère accordé que sur l'élimination des subventions agricoles à l'exportation, facteurs de concurrence déloyale avec les producteurs du Sud, «  dans un délai crédible  ». La libéralisation des services n'est aucunement remise en cause ; le droit à la protection des marchés agricoles pour les pays pauvres n'est pas davantage évoqué que la remontée des prix agricoles, clé des revenus de la moitié de l'humanité.

  • Cesser le scandale des paradis fiscaux

On le comprend que l'hôte du G8 ait évité le sujet, car la moitié des paradis fiscaux et judiciaires de la planète battent pavillon britannique ! Pourtant, ce système off-shore abrite le produit des réseaux criminels transnationaux et encourage le pillage de l'aide et des ressources naturelles, notamment en Afrique. Le coût des paradis fiscaux et judiciaires, qui exacerbent la course au moins-disant fiscal et la fuite des capitaux, est estimé à plus de 70 milliards de dollars par an pour les pays du Sud.

•  Renforcer et démocratiser la gouvernance mondiale

«  Entre le faible et le fort, c'est la liberté qui opprime et c'est la loi qui libère  » (Lacordaire). Au niveau mondial, ce sont les plus vulnérables qui pâtissent de la liberté que s'octroient les acteurs les plus puissants (gouvernements, firmes transnationales) d'appliquer, ou non, les règles du jeu militaire, commercial, financier ou environnemental – lorsqu'elles existent. Face à la prééminence des logiques de profit et de puissance, le droit international, notamment celui des droits humains, doit constituer la pierre angulaire du système international. Nous demandons donc que pour ses 60 ans, les Nations Unies soient réformées et renforcées pour mieux représenter les peuples et garantir que le droit international s'impose à tous, notamment au FMI, à la Banque mondiale et à l'OMC.

Jean Merckaert, chargé du plaidoyer sur le financement du développement au CCFD

La campagne « 2005 : plus d'excuses ! »

Piloté par Agir ici et le CCFD, la coalition française de cette campagne regroupe à ce jour une trentaine d'organisations (Ong, syndicats, …). Pour faire entendre aux gouvernements les aspirations de leurs peuples, elle entend amplifier la mobilisation en 2005. A la veille du Sommet onusien, la coalition nationale veut mettre la pression sur le Président de la République en invitant à signer la pétition qui lui sera remise le 10 septembre, 2 ème journée internationale du bandeau blanc.

Pour en savoir plus

www.2005plusdexcuses.org .

 

 
       
   

 

 
       
       
 
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