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Sélection officielle, Festival de Cannes 2005
Sortie nationale le 14 septembre 2005
Février 1988, la guerre Iran-Irak, qui se finira quelques mois plus tard bat toujours son plein. Ako (Nazmî Kirik), jeune kurde irakien, n'a qu'un seul rêve en tête, fuir son pays. Sa femme, Selma (Belcim Bilgin), elle aussi kurde, ne partira pas tant que son père, trop vieux pour les suivre, sera toujours en vie. Ako est enrôlé de force dans l'armée régulière, puis jeté au front. Quelques temps plus tard, l'ordre lui est donné de ramener le corps d'un martyr de guerre à sa famille, dans la région kurde. S'engage alors une traversée du pays à bord d'un taxi, avec au volant un chauffeur arabe (Ehmed Qeladizeyi).
Après Vodka Lemon et pour son quatrième film, Hiner Saleem livre ici une vision à la fois universelle de l'horreur de la guerre, et très personnelle. "A l'origine, c'est l'histoire de mon frère qui a déserté l'armée irakienne. Je suis donc parti de l'idée de ce soldat malgré lui et j'ai développé le scénario au fur et à mesure du tournage" , raconte le réalisateur.
L'auteur du livre Le fusil de mon père (Seuil) revenait sur le territoire irakien pour la première fois depuis 1981, date à laquelle, âgé de 17 ans, il avait fui le pays. Arrivé sur place avant même d'avoir boucler la partie financement du film, Hiner Saleem garde de ses retrouvailles avec le sol kurde et son peuple un sentiment mélangé, entre l'immense joie de le voir enfin libre, et " [l'exaspération] de voir à quel point ils [Les Kurdes] refusaient d'accepter la fragilité de la situation".
Après cet épisode, le réalisateur va alors tenter de mettre en route le tournage de Kilomètre Zéro . "Tenter", car dans un pays qui produit une moyenne de deux films par an, et avec l'instabilité y régnant depuis la fin officielle de la deuxième guerre du Golfe, le pari n'était pas gagné d'avance. Finalement, et avec l'aide des autorités du Kurdistan, le tournage débutera tant bien que mal.
Les deux rôles principaux, emmenés par Nazmî Kirik, dont on sent toute l'influence de son passé dans le théâtre, et Eyam Ekrem, acteur de télévision populaire au Kurdistan irakien, donnent une dimension épique à ce road movie oriental. L'actrice Belcim Bilgin, pour son premier film, rayonne quant à elle d'une grâce qui altérerait presque l'horreur de la situation.
Autre personnage important, Saddam Hussein. Présent à travers tout le film sous la forme d'une statue, il est "l'un des personnages principaux", selon Hiner Saleem. Cette statue, haute de plusieurs mètres, fut conçue spécialement pour le film. Malgré quelques déboires entre le sculpteur et les forces de sécurité lors de sa conception, elle est présente sur de nombreuses scènes. Avec les nombreux tableaux du dictateur, ses discours télévisuels et radiophoniques, Saddam hante le film, l'imprègne, comme pour rappeler au spectateur l'origine des malheurs qui s'abattent sur Ako et son peuple. C'est d'ailleurs par métaphores que le réalisateur pointe les absurdités de l'homme. L'utilisation des armes chimiques n'est pas montrée directement, mais la traversée d'une ville fantôme les montre clairement. Les avions de l'armée sont présents par le bruit infernal de leurs moteurs, mais n'apparaissent jamais. Tout n'est que subtilité.
Un beau film au final, avec des accents d'Emir Kusturica, et qui bien que tourné dans des conditions difficiles, se présente comme très abouti. Un film qui fait aussi réfléchir sur la condition de minorité au sein d'un pays, l'horreur de la guerre, ou encore la cruauté des hommes à travers leur avidité de pouvoir.
Pour Hiner Saleem, le futur pour l'Irak mais aussi et surtout du peuple kurde se résume dans son titre : "Kilomètre zéro dit que nous sommes toujours au même point [...]. Quand on part de zéro, on ne peut qu'avancer."
Jean-Philippe Lécot |
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