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Accueil > Outils > Planète Paix > Archives > Sommaire n °504 > Dossier : Satoru Konishi : « Je continue à entendre une voix me suppliant de lui donner de l'eau »
 
 
 
  Dossier
 
       
    Satoru Konishi : « Je continue à entendre une voix me suppliant de lui donner de l'eau »  
       
   

Satoru Konishi est un survivant de la bombe A d'Hiroshima et milite dans la Confédération japonaise des victimes des bombes A et H. Il faisait partie des 80 Hibakushas présents à l'ONU à New York en mai 2005, avec leurs témoignages personnels, singuliers, se mobilisant, 60 ans après, pour un monde sans armes nucléaires, sans guerre ni violence, pour un monde où la menace, la peur, le besoin auraient disparu.

Dans votre témoignage écrit, vous parlez de votre maladie avec beaucoup de pudeur, vous dites seulement avoir perdu votre jeunesse.

Satoru  : Je suis tombé malade au début des années 50, pendant mes études universitaires en littérature allemande ; je n'arrivais plus à travailler, à lire, ou bien je lisais sans comprendre ni retenir ce que je lisais. J'ai eu l'impression d'approcher la fin de ma vie. Cela dura 5 ans pendant lesquels ma vie quotidienne était concentrée sur une durée de 4 heures. Je devais me reposer le reste du temps et les médecins ne savaient pas me soigner et même pensaient que je n'étais pas malade, malgré les lésions cutanées que j'avais un peu partout sur le corps, les bleus au moindre choc, les saignements et divers autres symptômes.

J'avais 16 ans le 6 août 1945 et 30 ans quand je retrouvai « une santé fragile mais acceptable » avec beaucoup de repos.

Comment avez-vous pu terminer vos études ?

Satoru   : A 30 ans, j'ai pu aller en Allemagne. Je suis devenu professeur et chercheur en littérature allemande, et j'ai pu exercer mon métier grâce à un horaire aménagé à l'Université préfectorale de Tokyo. J'ai réussi au bout de 13 années à donner en japonais une cohérence entre le contenu et la forme, la sonorité et la musicalité du texte de Faust de Goethe (poème de 12 111 vers). J'aimerais encore avoir le temps de terminer la traduction des oeuvres de Bertolt Brecht et la traduction en allemand des 25 poèmes de Santiki Tohge. J'apprécie énormément Bertolt Brecht dans ses prises de position, ses poèmes contre la guerre, j'aime la beauté des mots qu'il utilise.

A quel moment de votre vie, êtes-vous devenu un militant pour la paix ?

Satoru   : Dès les années 1960, quand je retrouvai un peu de ma santé, mais c'est seulement en 1977 lors d'une Conférence Internationale sur les bombardements atomiques que je pris pleinement conscience du rôle des Hibakushas dans la lutte contre les armes nucléaires. Auparavant, j'avais toujours été gêné de me présenter comme un Hibakusha car je n'avais pas eu de souffrances physiques atroces juste après l'explosion atomique. Je n'en ai d'ailleurs que des souvenirs très fragmentaires car je perdis la mémoire sur ces événements dramatiques des deux premiers jours et même des semaines qui suivirent.

Où vous trouviez-vous au matin du 6 août 1945 ?

Satoru   : Je travaillais à l'usine de fabrication d'armes Mitsubishi à 4,5 km de l'hypocentre. Je me souviens avoir vu l'éclair de lumière aveuglante, ressenti le souffle furieux dans un bruit de tonnerre, observé un gigantesque nuage blanc s'élever dans le ciel, lentement, à rendre fou. J'appris être rentré chez moi à la nuit en ayant parcouru les 6 km à pied et en bateau et n'avoir rien compris à la joie de mes parents en me voyant. Le lendemain matin, je me souviens de mon incrédulité à la vue de la désolation qui s'étendait devant moi  : la ville d'Hiroshima avait disparu , et je continue à entendre la voix d'un être, non reconnaissable, me suppliant de lui donner de l'eau.

Interview réalisée par Annie Frison

Interprète : Chieko Matsui

 
       
   

 

 
       
       
 
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