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Ne pas oublier les Balkans

 
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Patrick Simon



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Inscrit le: 17 Nov 2007
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MessagePublié le: Sam 17 Nov 2007, 4:05    Sujet du message: Ne pas oublier les Balkans Répondre en citant

Kosovo et Bosnie : un automne 2007 explosif

Projet de déclaration du Mouvement de la paix par Patrick Simon

Depuis les accords de Dayton en 1995 qui concerne la Bosnie-Herzégovine et la résolution 1244 du Conseil de sécurité de l’ONU du 11 juin 1999 qui concerne le statut provisoire du Kosovo, les Balkans restent très instables et n’importe quel mouvement nationaliste peut mettre le feu aux poudres.

Entre 1999 et maintenant, que s’est-il passé ?

Entre 1999 et 2006, la Communauté Internationale a engagé autour de 2,5 milliards d’Euro pour reconstruire le Kosovo. Mais l’économie reste encore en situation délicate du fait même du statut du Kosovo car personne ne sait qui est propriétaire de quoi. De même, nous ne pouvons alors que constater les limites du mandat international, placé en réalité dans une situation de non-droit qui interdit tout projet de développement, dans une région où le chômage frappe au moins 50 % de la population active.
De plus, la population tant albanophone majoritaire que serbe minoritaire, subit encore les extrémismes nationalistes des deux parties. Ceux-ci profitent de la crise économique, sociale et politique pour tenter, soit une partition du territoire à la manière de Chypre ou de la Bosnie-Herzégovine, soit le maintien au sein de la Serbie ou participer au projet de grande Albanie ; ce qui mettrait aussi en péril la Macédoine.

En Bosnie-Herzégovine, le premier ministre, M. Spiric a démissionné ce mois-ci, en signe de protestation contre des mesures imposées par le Haut représentant de la communauté internationale, Miroslav Lajcak, et que les Serbes bosniaques considèrent comme dirigées contre eux.

Que ce soit au Kosovo ou ailleurs dans les Balkans, ce sont, à chaque fois, les minorités qui sont les premières victimes des conflits ouverts ou latents. De plus, la difficile mise en œuvre de la vie démocratique et l’absence de mesures en faveur du développement durable et maîtrisé par les populations locales facilitent les replis sur soi, les maffias et autres profiteurs et c’est l’ensemble du pays qui en est la victime. L’insécurité économique et sociale, l’insécurité humaine, ne pourront que produire de nouveaux conflits plus ou moins graves. Les mesures de reconstruction ne suffisent pas. Elles doivent être associées à une relance de la vie démocratique et à une véritable sécurisation des populations minoritaires ou non. La marche forcée vers le libéralisme risque de laisser de côté la complexité des réalités et des cultures locales. C’est le mieux être de chacun et la participation de tous qui doivent être le moteur du retour à une paix durable.

De plus, il devient également urgent de procéder à des mesures de désarmement sur la base du Programme de développement des Nations Unis (PNUD) et de l'organisation Small Arms Survey qui ont alerté sur l'accès généralisé aux armes légères et leur mauvaise utilisation au Kosovo.
Le développement de la criminalité organisée représente également un enjeu de taille. Le Kosovo est un carrefour majeur des routes européennes de la drogue et de la traite des êtres humains, tandis que des trafics de toutes sortes se développent sur ses frontières, et notamment le transfert d’armes légères.

Aujourd’hui, les enjeux sont importants

Devant l’échec du Plan proposé par Martti Ahtisaari, un troïka composée des USA, de la Russie et de l’Europe essaie à nouveau de trouver une solution avant le 10 décembre prochain. Mais au-delà de l’enjeu de savoir si la Russie va ou non utiliser son droit de veto, si les USA vont passer outre pour imposer un plan, ou si les nationalistes vont se lancer dans l’escalade il est utile de commenter ledit plan qui sert de bases aux discussions.
Tout d’abord un manque de transparence qui nuit à l’éthique politique et à la démocratie. Ensuite, le maintien inapproprié des forces militaires étrangères qui ne sont toujours pas sous l’égide de l’ONU. Également une absence inquiétante de la place accordée aux sociétés civiles dans la construction de l’avenir du Kosovo. De même, il aurait été utile d’inclure des aides pour une relance de l’activité économique pour un développement durable avec l’aide des différents organismes de l’ONU. Tout comme d’envisager la construction d’une culture de la paix comme prévention et résolution des conflits, les fondements éthiques pour une sécurité humaine, la construction d’un développement durable maîtrisé par les populations locales. Ensuite, il faudrait se questionner sur la reconstruction politique pour faire face aux actions ethnocentriques des différents fondamentalismes.
Dans ce contexte, l’Europe pourrait fonder son intervention sur une logique d’influence morale et sociale dès lors qu’elle serait ouverte sur le monde et les autres cultures. Cela serait possible du fait que l’Europe est en soi une frontière. C’est en cela un lieu privilégié de confrontation permanente, donc possiblement constructives pour dépasser les conflits. Mais à condition qu’elle défende dans les faits le multilatéralisme qui se trouve dans son discours actuel, à condition qu’elle mette de réels moyens économiques et politiques.

Par ailleurs, nombre d’acteur et d’actrices de la société civile des Balkans conduisent un véritable effort pour la réconciliation et la prévention des violences. Il faut leur apporter tout le soutien dont ils ont besoin. " Une nouvelle conscience est en train d’émerger. Fragile, émiettée, multiforme, elle traverse cependant toutes les sociétés et construit ses repères. "(Arielle Denis, " Mondialiser la paix ", Éditions La Dispute, Paris, 2000).
" Réforme en 2004 ", une coalition de 300 ONG dans tout le Kosovo, ainsi que le Réseau des Femmes du Kosovo, se battent aujourd’hui pour peser sur la décision d’Harri Holkeri, le représentant de la MINUK, concernant le système des listes électorales ouvertes ou fermées.(selon Nicole Farmsworth de l’IWPR, réseau de presse.)
Le modèle que l’Organisation pour la Sécurité et la Coopération en Europe (OSCE) a recommandé à Harri Holkeri penche pour la seconde solution. Dans le système fermé actuel, un électeur choisit un parti donné pour la région où il vit, et pas le nom d’un candidat, ainsi que le dirigeant du parti, puis il choisit le membre qui représentera la région au Parlement. La coalition des ONG du Kosovo est favorable à un système ouvert, où seront déterminées de nouvelles zones électorales, et où le nom du candidat apparaîtrait à côté de celui du parti sur le bulletin de vote, ce qui permettrait aux électeurs de choisir celui qu’ils pensent le plus à même de les représenter.
La décision sur le statut final du Kosovo dépendra pour beaucoup de la capacité des institutions propres du Kosovo à faire preuve de responsabilité, de crédibilité et de transparence devant les organismes internationaux. Et les représentants de la société civile d’argumenter que si l’OSCE et la MINUK veulent vraiment établir une société démocratique au Kosovo comme en Bosnie-Herzégovine, ils devraient permettre dans les deux cas aux citoyens un plus grand rôle dans le processus de prise de décisions. Ce qui inclut de permettre aux communautés d’avoir des élus redevables grâce à un système de liste électoral ouvert. " Ils nous apprennent la démocratie ", explique Igballe Rugova. " S’ils décident, à notre place, de notre système électoral, c’est une dictature "
Pour toutes ces raisons, il convient que la communauté internationale passe à l’acte et prenne en compte la société civile du Kosovo et en Bosnie Herzégovine qui œuvrent dans le sens de la démocratisation, de la justice, du développement durable et de la paix. L’ONU et l’Europe se doivent de reprendre l’initiative en s’appuyant sur celle-ci.


2 novembre 2007
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Patrick Simon
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