Larry Ménard
Invité
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Publié le: Ven 05 Déc 2008, 0:54 Sujet du message: Obamania |
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J'ai été déçu au Congrès du MDLP qu'on ait parlé de manière si positive de l'élection de Barack Obama. Je regrette que le texte qui est sorti de l'atelier auquel j'ai participé sur la non-violence inclue tout un paragraphe qui parle d'Obama en termes élogieux; le format ne me permettait pas, le temps étant limité, de m'exprimer en profondeur. En outre, je suis désappointé de retrouver la même sorte d'analyse dans l'article officiel sur le site-web de MDLP. Je voudrais remettre ce point de vue en question et j'aimerais qu'on discute de ce sujet quand on va modifier et approuver les textes au Conseil National. J'ai rencontré plusieurs personnes au Congrès qui en général partagent mon avis, Roland Weyl, par exemple.
Donc, j'ai écrit une analyse dont le contenu a été influencé par les propos de: Professeurs Noam Chomsky de M.I.T. et Immanuel Wallerstein de Yale (commentaires récents sur Pacifica Radio, kpfa.org); les journalistes Alexander Cockburn et William Greider de la revue The Nation; le candidat présidentiel Ralph Nader pour qui j'ai voté, entre autres. J'ai vécu pendant 48 ans aux Etats-Unis, mon pays natal.
Une culture de guerre et l'illusion de "Change, Change, Change"
Comme aux Etats-Unis, beaucoup de gens en France ont avalé le mythe que Barack Obama représente un vrai départ de la politique habituelle en dépit des faits qui indiquent le contraire. C'est peut-être bien pour le progrès racial qu'on ait élu comme président un noir métis. Pourtant, peut-on affirmer que Colin Powell ou Condoleeza Rice ont fait la moindre chose pour améliorer la mauvaise situation des noirs ou pour démilitariser les Etats-Unis? Bien sûr que non; ils ont servi de façade pour la continuation de la politique impérialiste, unilatérale, et belliqueuse qui règne sans aucune interruption depuis la deuxième guerre mondiale. Il faut se rappeler de l'avertissement du Président Eisenhower (du parti Républicain et un ex-général) prononcé dans son dernier discours en 1960 avant de quitter son office: que le peuple devrait prendre garde au pouvoir colossal et croissant du complexe militaro-industriel. Malheureusement, depuis cette mise en garde, la machine de guerre reste fermement en contrôle.
Selon les statistiques officielles le total des dépenses étasuniennes pour les guerres d'Irak et d'Afghanistan atteint jusqu'à présent 900 millions de dollars, un chiffre énorme; pourtant, l'éventuel coût réel a été estimé d'une manière assez conservatrice à 3 milliards de dollars, dans une recherche dirigée par Joseph Stieglitz, (professeur d'économie à Columbia University à New York City qui a reçu le Prix Nobel dans sa discipline en 2001). Cet estimation faite le 29 février 2008 présuppose la conclusion de la guerre/occupation dans un an, mais l' occupation s'éternise. Parmi d'autres éléments dans ce calcul sont inclus les intérêts futurs de la dette nationale encourue par cette guerre (financée par d'autres pays), la récapitalisation militaire, et les dépenses futures associées au personnel brisé: médicales, d'invalidité physique et mentale, et de retraites. L'hôpital, le suicide, la rue, et la prison seront l'avenir, comme à l'époque du Viet Nam, pour beaucoup de ces conscrits économiques qui n'arriveront plus à s'intégrer, surtout après avoir compris qu'on s'était servi d'eux en vue d'objectifs mensongers.
Autre statistique perturbante, le Pentagone représente actuellement 58% des dépenses discrétionnaires du budget fédéral financées par les impôts sur les revenus; il faut exclure du calcul officiel trompeur: la caisse de "Social Security" - la retraite, et celle de Medicare - les assurances médicales des retraités, qui sont toutes les deux des cotisations indépendantes. Ces dépenses militaires sont à long terme intenables: $635 millions en 2007! L'hégémonie étasunienne doit inévitablement décliner. Un jour les Chinois, les Japonais et les Européens vont refuser de continuer à financer l'entretien de cette vaste machine militaire en recevant en échange du papier: des bons de la trésorerie. Même les "Joint Chiefs of Staff" (planificateurs militaires) ont récemment rejeté comme irréaliste, infaisable, la proposition des néoconservateurs et du lobby pro-Israël de s'attaquer à l'Iran.
L'empire s'écroule alors que l'économie est en train de chuter dans une dépression prolongée; mais on s'obstine à préserver "Ie rêve américain" illusoire. Malheureusement, la prise de conscience que la suprématie militaire et économique étasunienne ne peut pas durer sera lente, si toutefois elle a lieu, pour pénétrer les esprits d'un peuple tellement saturé par la propagande chauvine; on ne s'arrêtera pas de brandir et d'agiter le drapeau et de chanter bêtement "U.S.A, U.S.A." , ce qui rappelle effroyablement les Chemises noires. La droite extrême accuse n'importe qui à gauche de Joseph McCarthy d'être "anti-American" et socialiste. Les mythes étasuniens persistent: d"être supérieur culturellement, d'être un peuple élu comme pensaient les premiers venus, les Puritains, qui se voyaient métaphoriquement " A City on the Hill". On a Dieu de son côté; on a une mission céleste pour régner sur les autres pays. "God bless America". Et ces histoires fabriquées influencent la grande majorité de la population dupée par la religiosité, qui appartient de plus en plus à des sectes de nature fondamentaliste et évangéliste, et qui est loin d'être prête à renoncer à la domination militaire et économique de la planète. Les autres peuples du monde sont sans importance et ne comptent que comme dommages collatéraux. C'est une situation menaçante.
Ainsi, la plupart des politiciens qui réussissent à être élus doivent faire appel à ces sentiments nationalistes primaires, en particulier le président. Malgré l'impératif économique évident de couper radicalement le budget militaire et de sortir de ces mésaventures guerrières, ce n'est pas l'agenda envisagé par "President-elect Barack Obama". Politiquement, on ne le lui permet pas pour l'instant. Il ne peut pas non plus perdre une guerre ou causer ce qu' on perçoit comme le déshonneur national. Il faut "soutenir nos troupes" même en face d'une débâcle absolue. Sarah Palin l'a même accusé d'étre un terroriste.
Donc, cette hystérie au sujet d'Obama (Obamamania) m'échappe. Il ne se présente pas du tout comme un agent de vrai changement: il s'est déjà vendu à Wall Street, aux sociétés multinationales et au complexe militaro-industriel qui ont énormément financé sa campagne électorale (somme record de $640 millions). "Change we can believe in!". Quel changement? Qu'est-ce qu'il propose de nouveau? Presque rien. Ca va être "business as usual". Oui, Obama s'est initialement opposé à cette guerre en Irak; depuis, il a voté sans relâche l'argent pour la conduire; il s'est même opposé aux propositions des progressistes dans son parti comme Dennis Kuccinich qui voulaient conditionner tout financement de la guerre, à l'assurance d'une date prochaine de retrait de toutes les troupes. Obama est un centriste, membre, comme les Clinton, du Democratic Leadership Council, pas du Progressive Caucus.
On a tendance à oublier les dégats effectués par l'administration de Bill Clinton. Il n'a pas cessé de bombarder l'Irak entre les deux guerres et a été responsable de "dommages collatéraux" inestimables. Il a radicalement coupé le "welfare": l' aide aux familles indigentes. Il a fait avancer le libéralisme sans règles avec le traité de libre échange, "The North American Free Trade Agreement", avec le Canada et le Mexique; par conséquent, un million de paysans mexicains se sont retrouvés dans des bidonvilles, et au nord, les ouvriers d'usines ont subi le licencement ou une grande baisse de leurs salaires. Ses dirigeants économiques étaient en grande partie responsables de la crise actuelle; ses ministres de la trésorerie, Lawrence Summers, suivi par Robert Rubin, tous les deux conseillers de l'équipe de transition d'Obama, ont proposé l'abrogation de la loi Glass-Steagall en 1999, une loi promulguée en 1933 pour ériger un mur entre les banques commerciales et les banques d'investissements.
Le futur président veut ralentir la présence militaire en Irak afin de libérer, pas les Irakiens, mais certaines des troupes pour les rédéployer en Afghanistan, deux brigades en tout. Il propose de progressivement retirer les soldats "de combat" d'Irak dans un délai de 16 mois, tout en préservant des soldats comme "gardiens de la paix" ("1984" Newspeak) pour protéger les installations étasuniennes, pour former les forces irakiennes, et pour lutter contre les terroristes. Obama ménace de violer unilatéralement l'intégrité territoriale du Pakistan pour pousuivre Ben Laden, Al Qaïda et les Taliban, exactement comme fait Bush. Il va continuer la guerre perpétuelle et Orwellienne contre un ennemi nébuleux, la tactique de la terreur. (Curieusement, on ne parle jamais de " la terreur de l'état" - l'origine du terme, par exemple celle des Etats-Unis dirigée contre ses ennemis et ses opposants). Pour se montrer bien capable de défendre le "homeland", Obama compte augmenter les effectifs armés de 92.000 soldats.
Dans le conflit récent en Ossétie du Sud, exactement comme John McCain, Obama n'a jamais reconnu que la Russie répondait, quoique excessivement, à une agression géorgienne qui a tué 1.700 personnes, notamment des civils, pour supprimer un mouvement indépendantiste. Tous deux n'ont pas reconnu la contradiction que représente leur soutien pour la sécession du Kosovo de la Serbie.
Obama vient de déclarer qu' il ne s'engage pas encore à placer des missiles prétendument défensifs en Pologne, tout en exprimant son soutien à l'idée d'un bouclier de missiles en Europe de l'Est contre des états voyous et plus particulairement l'Iran. La Pologne et la République Tchèque ne se trouvent-elles pas un peu loin de l'Iran pour protéger l'Angleterre? Veut-il continuer à relancer une nouvelle guerre froide contre un pays capable d'oblitérer les Etats-Unis? Il semblerait, car il appuie l'adhésion à l'Otan de l'Ukraine, de la Géorgie, de l"Albanie, de la Croatie, et de la Macédoine.
En même temps que les autres candidats majeurs, Obama a rendu visite au puissant lobby sioniste, le "American Israel Public Affairs Committee"; il s'est prostré devant eux comme il faut et a exprimé son soutien total à leurs objectifs.
En tant que légistateur en Illinois et au Sénat national, Barack Obama n'a jamais rien proposé comme changement significatif; en fait il n'a rien fait de mémorable. C'est un bon parleur dans le contexte étasunien peu critique où on préfère élire des acteurs.
L'élection d'Obama découle d'une campagne de "public relations" bien orchestrée. La marque Obama s'est mieux vendue que celle de McCain, qui lui aussi s'est présenté comme le candidat du changement, en vantant sa légende fabriquée de "maverick" (non-conformiste), bien qu'il ait presque toujours voté conformément à son parti. L'industrie de la publicité a été tellement impressionnée par le marketing d'Obama qu'elle vient de lui décerner le premier prix pour la publicité, dévançant Apple!
Les deux campagnes ont délibérément évité de discuter sérieusement des sujets importants; au lieu de cela, le focus a porté sur l'image et la personnalité, et le contenu du débat a été réduit à l'invective et à des slogans martelés dans les esprits des consommateurs passifs, isolés et impuissants.
Obama s'entoure de "war hawks" (faucons de la guerre). Il a choisi comme vice-président Joseph Biden, supporteur ardent de la guerre en Irak. Son Secrétaire Général de la Maison Blanche, Rahm Emmanuel, est libéral et sioniste; il a fortement soutenu les deux guerres. Tout espoir semble s'éteindre avec la décision, ces jours-ci, de retenir le ministre de la défense actuel Robert Gates pour au moins un an. Son ancien supérieur au C.I.A., Ray McGovern, a déclaré que c'est le pire et le plus dangereux des choix possibles.
Obama ne va pas devenir le sauveur que tant de gens peu ou mal informés attendent. Il faudra que les mouvements progressistes et pacifistes des Etats-Unis se réveillent encore et s'organisent bien afin de mettre la pression sur lui.
Larry Ménard (membre du Mouvement de la Paix, comité du 5ème arrondissement, Marseille; auparavant de Berkeley, Californie) 27/11/08
Depuis que j'ai écrit ce texte, le déroulement des événements relatifs à Obama (ses nominations de ministres et ses déclarations récentes) confirme mon point de vue inévitablement pessimiste. Les remarques suivantes d'Obama (citées par l'activiste pour le désarmement nucléaire, Jackie Cabasso d'Oakland, Californie dans une interview sur l'émission de radio Flashpoints: sur kpfa.org, mercredi, le 3 décembre) devraient détruire, pour l'instant, les derniers vestiges d'espoir pour une nouvelle politique même légèrement moins hégémonique:
1) "Tant que les armements nucléaires existent, nous maintiendrons une force de dissuasion robuste."
2) "Je m'engage à entretenir les forces militaires les plus fortes du monde." |
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