Carnet de bord de la délégation en Israël et Palestine du 11 au 19 février 2005
Vendredi 11 février : arrivée à Tel Aviv...
Nous sommes reçus durant une heure et demi par le Conseiller de l'Ambassade en Israël .
Il nous alerte au départ sur la simplification exagérée dans la presse et l'opinion française : dramatisation de la situation d'avant MAHMOUD ABBAS et tendance à enjoliver la nouvelle donne autour du cessez le feu et de la rencontre ABBAS-SHARON. Selon lui aucun élément concret ne permet d'affirmer un changement significatif dans la politique sécuritaire de SHARON.
On est encore loin de la Paix, il s'agit simplement d'une accalmie, d'un refroidissement : des violences se poursuivent des deux cotés et les checks point demeurent en places.
Pour l'instant, tout est orienté par SHARON, avec le soutien majoritaire de la population et des travaillistes sur l'évacuation de la bande de GAZA. Que se passera- t-il après le vote du budget (qui peut être refusé), si le plan prévu pour septembre 2005 échoue?
S'il réussit, sera t-il réellement une étape pour un retrait global ? De plus, quelle en est sa motivation : étouffer l'évacuation des colonies de Cisjordanie ? Reconnaître un état palestinien non viable avec enclaves ? Quelles réelles garanties concrètes SHARON donnera t-il à M.ABBAS en soutien à sa crédibilité aux yeux des palestiniens, y compris face aux groupes HAMAS, DJIHAD...? Après l'évacuation de Gaza quelle sera l'attitude du parti travailliste aujourd'hui uni sur l'évacuation et demain retrouvant ses contradictions?
Quant à la population d'Israël, elle ignore toujours la réalité que subissent les palestiniens et la vie dans les camps. Elle est plus motivée par le souci de sécurité et de tranquillité, que par la volonté d'une paix juste. On est encore loin d'une logique de paix, réaffirme le conseiller.
La France consciente de ces énormes difficultés se veut sur une logique positive travaillant à créer les conditions d'une issue juste au conflit.
Samedi 12/02/2005
À 15h00 nous avons rencontrés OREN MEDICKS. IL a appartenu à GUSH SHALOM. Depuis deux ans il a quitté cette organisation tout comme MICHEL WARSCHAWSK.
Il considère que la revendication de 2 Etats est acceptable, mais il faut de manière concomitante aller au delà de ce discours.
Pour lui, aller vers la construction d'une paix juste ne peut se réduire à une question de partage de territoires. Elle devrait s'inscrire dans une perspective de culture du « vivre ensemble ». Selon lui une des faiblesses des mouvements de paix israéliens dont shalom arshav semble être le fait qu'ils se trouvent plus dans une logique de séparation que dans une logique du vivre ensemble.
Tout en reconnaissant l'aspect marginal de cette initiative, il travaille avec un réseau d'individus à la rédaction d'une charte affirmant un certain nombre de principes qui devrait permettre le développement d'un travail idéologique de fond sur les mentalités en Israël. Il lui parait qu'une issue positive repose essentiellement sur une intervention de l'Europe car en Israël le camp de la paix a échoué pour la mise en place d'une paix juste et durable.
Dimanche 13/02/2005
Rencontre avec Mossi Raz, institut judéo-arabe
L'Institut judéo-arabe, organisation créée en 1949, a pour but aujourd'hui de rapprocher les deux peuples : d'une part en Israël entre arabes israéliens et juifs et d'autre part entre les palestiniens et les israéliens. Ils s'appuient sur des projets concrets tels que : la mise en place d'une radio israélo-palestinienne s'exprimant dans les deux langues, rencontre de femmes des deux peuples dans le but de promouvoir leur statut social et politique dans les deux sociétés, ainsi que d'autre projets en direction de la jeunesse des deux peuples.
Par ailleurs, l'institut n'a pas de position politique, mais Mossi à titre individuel se prononce sur deux points : pour Mossi le mur est vital pour la sécurité israélienne mais n'est légitime que sur la ligne verte.
Il soutient totalement l'initiative de Genève en collaboration avec l'institut judéo-arabe.
Rencontre de travail avec la direction de l'Histadrout le syndicat israélien. Cette rencontre était d'autant plus importante que 1/3 des salariés israéliens sont syndiqués. Nous avons ensuite rencontrés les animateurs de TAYUSH, une ONG qui fait des initiatives israélo palestiniennes contre le mur principalement mais pas
seulement. Enfin mous avons rencontré un responsable d'un institut judéo arabe pour la paix ( localisé près de Tel Aviv) qui a obtenu le prix éducation à la paix de l'Unesco.
Les contacts avec Gush Shalom sont pris, lundi nous partons pour Jérusalem.
RENCONTRE AVEC LES ANIMATEURS DE TAYUSH de 13 à 18 heures
Ils se définissent comme un mouvement d'action civile non violente. Ils mènent des actions concrètes israélo palestiniennes porteuses et indicatrices d'alternatives politiques en s'opposant à l'exclusion des palestiniens au sein d'Israël et à l'occupation colonialiste.
Pour eux, les idées et projets politiques qui tracent un avenir basé sur une véritable reconnaissance mutuelle (et non dans une logique de séparation et d'exclusion) doivent être au coeur de toute action concrète. Il ne peut y avoir de mouvement de paix sans lutte anticolonialiste.
Ils sont critiques à l'égard de démarches qui leur paraissent élitistes, éloignées du vécu des palestiniens. Ils estiment qu'il y a trop de textes et de prises de position et pas assez d'actions concrètes sur le terrain.
Ils s'interrogent sur Genève :
- il n y a pas d'égalité entre partenaires
- ils s interrogent sur l'intérêt pour les palestiniens de conclure un accord en état d'infériorité sans véritable décolonisation
-selon eux Genève ne mène pas véritablement à la lutte contre le mur : ce serait là, de fait, un soutien à Sharon. Cette initiative se présente comme la seule alternative et par là ne prend pas en compte la vraie carte à jouer qui est la lutte politique, et en premier lieu actuellement la lutte contre le mur.
Lundi 14/02/2005
Rencontre avec l'organisation des rabbins pour les droits humains
Nous avons rencontré le lundi 14/02/2005 l'organisation des rabbins pour les droits humains par l'intermédiaire de leur représentant le rabbin yacov rosenberg à leur siège à Jérusalem.
Cette organisation, rassemblant les trois grands courants du judaïsme : conservateurs, orthodoxes et libéraux, a été créée en 1989 lors de la première intifada.
Ils défendent les droits de l'homme à partir d'une approche religieuse ce qui leur permet de contrer les extrémistes sur leur propre terrain. Ils organisent à la fois des débats avec les extrémistes religieux et dans un même temps, ils mènent des actions concrètes, conjointement avec les palestiniens, à partir des besoins des populations. Ils associent à celle-ci toutes personnes de bonne volonté, croyantes ou non. Leurs actions menées couvrent trois pôles :
1) les droits de l'homme en Israël
2) les droits de l'homme en Palestine
3) l'éducation et la justice sociale
1) en Israël, ils viennent en aide aux bédouins qui sont privés très souvent de leurs droits fondamentaux notamment l'accès à la terre.
2)Dans les territoires occupés ils apportent une aide concrète dans les travaux agricoles tels que la cueillette des olives et la moisson. Ils apportent de la nourriture au palestiniens dont les maisons ont été détruites. Enfin il s'opposent à la destruction des maisons.
3) ils mettent en place des stages interreligieux pour former par exemple les professeurs des écoles aux droits de l'homme. Ils se rendent dans les écoles de préparation militaire pour former les futurs officiers aux droits de l'homme. Par ailleurs ils mènent un combat pour défendre les droits sociaux.
Il est à souligner qu'en 2002 ils ont fait une déclaration commune entre juifs, druze et musulmans.
Rencontre avec MICHEL commerçant dans la vieille ville de Jérusalem
Palestinien d'origine arménienne, commerçant dans la vielle ville , il nous explique les difficultés d'exercice du droit de vote pour les palestiniens lors des dernières élections palestiniennes.
En fait, dans Jérusalem est, les élections étaient organisées par les autorités israeliennes.
Par exemple, les listes d'émargement le jour du vote pour le bureau de la porte de Jaffa ne correspondaient pas avec la liste des électeurs de ce quartier. Michel a tout de suite alerté sur cette anomalie.
Il a fait constater cette anomalie au Président Carter présent à ce moment là comme observateur. Michel (qui parle couramment français ) et qui souhaitait absolument exercer son droit de vote a dû revenir 5 fois dans la journée et enfin vers 17 heures, tous les gens présents ont été inscrits manuellement et ont pu enfin voter.
Le plus important pour lui au delà de l'anecdote c'est qu'à travers ces dernières élections, les palestiniens ont une fois de plus montré ( si il le fallait encore ) qu'ils constituaient un peuple civilisé, qui a le droit au respect et à la considération comme tous les autres peuples du monde, ce qui implique la reconnaissance d'un état palestinien
Pour lui l'espoir est toujours là et de toutes les façons les deux peuples devront un jour vivre ensemble dans le respect. Dans cette région, pour lui, pour vivre il faut de l'espoir et de la patience.
Mercredi 16/02/2005
Le mercredi 16/02/2005 nous nous sommes rendus à Ramallah. Devant cette ville dans le lieu dit de Kalandya se trouve un cheick point. Bien que la structure militaire soit toujours existante nous sommes rentrés avec facilité (sans contrôle et sans fouille).
Le jeudi le 17/02/2005 à notre retour vers Jérusalem nous avons subi un contrôle et une fouille classique.
Ce qui de l'avis général n'est pas le cas tous les jours.
A la recherche d'un casse croûte non loin de l'hôtel, nous sommes dirigés par les gens interrogés dans la rue sur un centre nommé Plaza. C'est ni plus ni moins un centre commercial à l'occidental comportant un supermarché et deux étages de boutiques de luxes. Seul la nourriture est abordable et fait couleur locale. Nous apprendrons plus tard que l'une des boutiques est tenue par la femme du ministre qui nous a accueillis à Ramallah. Il y a donc des clients à Ramallah pour des articles de luxe. Nous avions bien remarqué que l'hôtel était entouré de pavillons récents et d'immeubles de bon standing : la reconstruction se fait, prouvant au moins l'existence d'une classe aisée.
Le repas du soir, dans un bon restaurant nous réserve une surprise : peu après notre arrivée vient se joindre à nous invité pour nous par Abou Ein, un nouveau ministre encore sans portefeuille, qui est un des négociateurs de l'initiative de Genève et qui a subi 14 ans de prison israélienne à partir de l'âge de 18 ans. Une autre personne responsable de l'association des prisonniers nous précise que ceux-ci sont actuellement 8 à 10000 et que la libération des 1000 prisonniers annoncée dans la presse concerne essentiellement les prisonniers en fin de peine.
Vendredi 18/02/2005
Le vendredi 18/02/2005 au matin nous sommes allés à Betlhem. A l'entrée de la ville nous avons subi un contrôle élémentaire. Cependant à l'intérieur de la ville nous avons croisé une patrouille. Les mesures de sécurités les plus importantes étaient placées autour du tombeau de Rachel.
Nous avons rencontré au monastère Emmanuelle la soeur supérieure. Elle nous a expliqué les conditions de vie des habitants : ils sont enfermés à l'intérieur de leur ville par le mur encore en cours de construction. En outre elle nous dit que certains jeunes en provenance des camps probablement porteurs de bombes venaient se cacher à Betlhem.
Nous avons rencontré un groupe de jeunes arabes chrétiens dans le monastère. Deux jeunes filles ont exprimé leur sentiment vis à vis du conflit. Elles souhaitent l'arrivée de la paix le plus rapidement possible : vivre et circuler librement.
Rencontre avec DAN BITAN de SHALOM ARSHAV a JERUSALEM
Dan Bitan de Shalom Arshav (Peace Now) Mouvement israélien pour la paix nous fait une analyse détaillée de la situation politique, et de l'évolution de l'opinion publique dans son pays et des enjeux du moment. Pour lui la situation actuelle avec la stratégie de paix de Abou Mazen permet moins d'excuses de la part d'Israël pour ne rien faire. En fait pour lui Israël est à un carrefour de son histoire .
Des idées comme 2 peuples, 2 Etats qui étaient des slogans d'extrême gauche sont en train de devenir des principes quasiment acquis pour la société israélienne même si en Israël on ne sait pas vraiment encore quel Etat est envisagé par Sharon pour la Palestine.
C'est dans ce contexte que se prépare le retrait de gaza mais la grande question c'est la Cisjordanie.
La droite a peur de perdre la Cisjordanie et Jérusalem. On ne connaît pas vraiment le projet et les arrières pensées de Sharon. Pour Shalom Akhshav la priorité des priorités c'est la fin de l'occupation et l'évacuation des colonies c'est pourquoi la prochaine manifestation est prévue sur le thème « Evacuer les colonies c'est choisir la vie »
Cette manifestation est reportée au 25 mars pour mieux la préparer.
Dans le même temps face à la radicalisation de l'extrême droite qui fait preuve avec les colons extrémistes d'une réelle dynamique l'enjeu est aussi dans la lutte pour la préservation de la démocratie israélienne y compris face à une armée où se manifeste une volonté de ne pas appliquer les ordres pour ce qui concerne l'évacuation de Gaza.
L'extrême droite essaye de bloquer le processus de retrait de gaza pour mieux empêcher le deuxième volet, la deuxième phase possible du plan c'est-à-dire le retrait de Cisjordanie. Dans ce contexte il faut tactiquement et en fonction de la conjoncture tout faire pour marginaliser l'extrême droite et les colons et faire que l'évacuation de Gaza se fasse dans dans le calme.
C'est dans ce contexte que Shalom akhshav soutient fermement le retrait de Gaza mais n'est contre le mur que dans la mesure ou il n'est pas sur les frontières de 1967.(ligne verte ).
C'est une manière de favoriser le retrait des colonies tout en isolant l'extrême droite mais sans se couper de la majorité de l'opinion publique israélienne qui est majoritairement favorable à un mur de protection. Il y a là un risque pour sa crédibilité que S A assume.
Toutefois cette position de l'organisation n'empêche pas les militants qui le souhaitent de participer aux luttes contre le mur en commun avec d'autres groupes comme Tayush (ce que Tayush nous avait déjà indiqué)
Enfin Dan Bitan à titre personnel a contribué à créer l'organisation israélo palestinienne pour la recherche scientifique.
Par ailleurs il a crée le centre pour la défense de l'individu (centre for the defense of the individu : CIDA ) qui avec l'association BET Selem (Droits de l'homme) produits des rapports et accompagne en Israël les individus victimes d'atteintes aux libertés individuelles (tortures, destruction de maisons, etc.)
Cette dernière association a participé à la saisine de la cour internationale de justice de la Haye pour obtenir la déclaration d'illégalité du mur (chose acquise).
A titre individuel Dan Bitan est contre le principe du mur.
LA DELEGATION SE CONTENTE DE DONNER UN COMPTE RENDU LE PLUS FIDELE DES POSITIONS EXPRIMEES PAR NOS INTERLOCUTEURS.
NOUS NE DONNONS PAS NOS QUESTIONNEMENTS LORS DE CES RENCONTRES NI NOS ANALYSES .
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